La CAN 2025 au Maroc a confirmé ce que les éliminatoires laissaient entrevoir : la RD Congo n’est plus un outsider que l’on redoute par intermittence. Sous la direction de Sébastien Desabre, les Léopards ont traversé la phase de groupes sans défaite — 7 points, 5 buts marqués, un seul encaissé — avant d’affronter l’Algérie en huitième de finale. Neuvièmes au classement FIFA africain au moment du tournoi, ils ont prouvé que ce rang n’était pas usurpé. Voici une analyse complète de leur organisation tactique, de leurs joueurs clés et des ajustements qui ont rendu cette campagne possible.
Objectifs De La Sélection Congolaise Pour La CAN
La RDC disputait sa 19e CAN, avec en tête deux titres continentaux — en 1968 et 1974. Leur meilleur résultat récent : une 4e place à la CAN 2023. L’objectif de Desabre pour cette édition était clairement d’aller plus loin. Avant la compétition, le sélectionneur avait aussi engrangé un résultat historique : l’élimination du Cameroun (1-0) puis du Nigeria (1-1, 4-3 aux tirs au but) en novembre 2024, lors des barrages du Mondial 2026 — ce qui a qualifié la RDC pour le barrage intercontinental en mars 2026 contre le Mexique.
La RDC occupait la neuvième place africaine au classement FIFA. Desabre avait déclaré : « Nous avons des ambitions nous aussi. Les joueurs et le staff technique ont envie de poursuivre cette aventure. On ne s’interdit rien. »
Cette ambition affichée s’est traduite par un groupe de 26 joueurs présenté le 5 décembre 2025, mêlant expérience (Bakambu, Mbemba) et jeunesse (Mukau, Sadiki, Bongonda).
Organisation Tactique Des Léopards Du RD Congo
Système De Jeu Utilisé Par Le Sélectionneur:
Desabre privilégie un 4-3-3 flexible qui se transforme en 4-1-4-1 hors possession, maintenant un bloc compact et forçant les adversaires à sortir sur les ailes. Les transitions rapides permettent d’exploiter les espaces laissés par l’adversaire.
En possession, le système s’articule autour d’un double pivot — Moutoussamy-Sadiki contre le Sénégal — qui libère les espaces pour Mukau et Bongonda. Gaël Kakuta, quand présent, joue le rôle de meneur de jeu relayeur, capable de dicter le tempo entre les lignes. Contre le Botswana (victoire 3-0), les Léopards ont démontré leur capacité à confisquer le ballon et à faire tourner le jeu patiemment — une dimension nouvelle par rapport aux éditions précédentes.
Desabre a expliqué sa vision : « Le football moderne exige que l’on soit capable de combiner solidité défensive et fluidité offensive. C’est une question d’équilibre, et c’est cela que je m’efforce de transmettre à mes joueurs. »
Le onze de départ confirmé contre le Sénégal illustre cette philosophie : Mpasi — Mbemba — Tuanzebe — Masuaku — Bissaka — Moutoussamy — Sadiki — Mukau — Bongonda — Meschack — Bakambu. Un mélange d’expérience en charnière (Mbemba, Tuanzebe) et de dynamisme sur les côtés (Bissaka à droite, Masuaku à gauche), avec Mukau et Bongonda pour animer le milieu offensif.
Organisation Défensive De L’Équipe
La statistique la plus parlante de la phase de groupes : un seul but encaissé en trois matchs. Cette solidité repose sur plusieurs mécanismes complémentaires.
Le bloc bas collectif est la première ligne de défense. Contre le Sénégal — l’une des meilleures attaques du continent avec Mané, Sarr, Jackson et Ndiaye — les Léopards ont absorbé la pression pendant de longues périodes sans déstabiliser leur organisation. Face au Sénégal, le bas bloc a parfaitement absorbé la pression en première période.
Chancel Mbemba est le pilier défensif. Capitaine des Léopards, il représente l’autorité et le leadership en charnière centrale. Sa lecture du jeu et son engagement physique font de lui la référence autour de laquelle Desabre a bâti son système défensif. À ses côtés, Axel Tuanzebe — défenseur central anglo-congolais — apporte de la sérénité et de la technique dans la relance.
La faiblesse identifiée reste la résistance aux débordements sur les flancs. Lors du match contre le Sénégal, une blessure de Masuaku en plein match a permis à l’adversaire de filer au but, menant à l’égalisation sénégalaise à la 69e minute. Ce type de fragilité latérale est le talon d’Achille que les adversaires cherchent à exploiter.
Stratégies Offensives Et Création D’Occasions
La RDC n’est pas une équipe qui impose sa domination par la possession. Sa force offensive repose sur deux éléments complémentaires : l’efficacité dans la finition et la vitesse des transitions.
La RDC n’a pas besoin de 20 occasions pour marquer. Contre le Bénin, ils marquent sur l’une de leurs premières vraies opportunités. Contre le Sénégal, ils ont su rester dans le match malgré la pression pour égaliser au moment opportun.
Fiston Mayele a ouvert le score contre le Bénin lors de la première journée (victoire 1-0). Attaquant de pointe formé en RDC, il incarne le profil local que Desabre intègre progressivement dans son groupe. Cédric Bakambu anime les contres ; Desabre le fait souvent entrer en fin de match pour user les défenses fatiguées — une stratégie payante contre le Sénégal où il a égalisé à la 61e minute.
Les phases arrêtées constituent une arme supplémentaire. Avec des tireurs comme Masuaku et Bongonda, et des joueurs de tête comme Mbemba ou Tuanzebe, chaque corner ou coup franc excentré est une balle de but.
Joueurs Clés Dans Le Dispositif Tactique
Leaders Techniques De La Sélection:
Chancel Mbemba — Capitaine, défenseur central, 30 ans. Formé à l’AS Vita Club, passé par Newcastle et Porto, aujourd’hui à l’OM. Pilier absolu du système défensif de Desabre depuis sa nomination en 2022.
Gaël Kakuta — Milieu offensif/meneur de jeu, 33 ans. L’expérience incarnée. Formé à Chelsea, il a porté le jeu des Léopards dans les moments de contrôle. Quand Desabre souhaitait garder le ballon contre le Botswana, c’est Kakuta qui orchestrait. Gaël Kakuta débloque avec sa vision du jeu lors des phases de possession.
Ngal’ayel Mukau — Milieu, 21 ans, LOSC Lille. Révélation absolue de cette CAN pour les Léopards. Présent dans le onze de départ contre le Sénégal au milieu, il a impressionné par son placement et sa capacité à récupérer les ballons. Meilleur joueur U21 du tournoi pour de nombreux observateurs.
Cédric Bakambu — Attaquant, 34 ans. Vétéran des Léopards, buteur crucial contre le Sénégal (1-1). Son expérience en Liga et en Ligue 1 fait de lui le repère offensif numéro un malgré son âge avancé.
Théo Bongonda — Milieu offensif/ailier, 28 ans. Présent dans tous les onzes de la phase de groupes, il apporte la percussion sur le côté gauche et a été impliqué sur le but contre le Bénin. Ses accélérations et sa capacité à centrer à grande vitesse déstabilisent les défenses qui s’attendent à un jeu posé.
Ajustements Possibles Pendant La CAN
Changements Stratégiques Selon Les Adversaires
Desabre n’est pas un technicien figé. Sa faculté d’adaptation match par match a été l’une des clés de la phase de groupes. Trois ajustements ont été particulièrement notables :
Contre le Bénin (1-0) : bloc médian, exploitation des espaces en transition. Un switch tactique a mené directement au but de Bongonda. Desabre avait anticipé que le Bénin chercherait à jouer dans les pieds en milieu de terrain — le switch de couloir a créé le décalage décisif.
Contre le Sénégal (1-1) : bas bloc en première mi-temps, passage progressif en 4-2-3-1 en seconde période avec montée du pressing. Face au Sénégal, la RDC a adapté son dispositif en seconde période en passant en 4-2-3-1 pour sécuriser davantage les récupérations.
Contre le Botswana (3-0) : jeu de possession, utilisation maximale de Kakuta en créateur, victoire nette pour finir le groupe en confiance.
Face à l’Algérie en huitième : Desabre a déclaré avant le match : « Nous avons beaucoup travaillé sur différents systèmes de jeu pour ce match. » Il laissait ainsi entendre une préparation spécifique pour neutraliser les individualités algériennes (Mahrez, Amoura, Bensebaïni) — sans dévoiler son plan de jeu.
Conclusion : Les Clés Du Succès Du RD Congo À La CAN
Le parcours de la RD Congo à la CAN 2025 au Maroc est le reflet fidèle du travail accompli sous Desabre depuis 2022. Depuis sa première rencontre lors des éliminatoires de la CAN, dirigée contre la Mauritanie (3-1) en mars 2023, le sélectionneur avait affiché un bilan de 8 victoires en 8 matchs disputés sur cette période.
Quatre clés résument le succès congolais à cette CAN :
– Une défense hermétique construite autour de Mbemba et Tuanzebe, avec un seul but encaissé en phase de groupes
– Des transitions létales exploitées par Bongonda, Bakambu et Meschack
– Une flexibilité tactique rare — 4-3-3, 4-1-4-1 ou 4-2-3-1 selon le contexte, sans perte de cohésion
– Une génération de binationaux engagés, qui ont choisi la RDC par conviction et jouent avec une intensité qui reflète cet attachement
Desabre résumait l’esprit du groupe : « Il y a un attachement très fort des joueurs à la RDC. Cette passion, cette ferveur, c’est ce que les joueurs binationaux sont venus chercher. Et moi aussi, j’adore ce contexte. »
La CAN 2025 s’est terminée pour la RDC en huitième de finale face à l’Algérie — mais la dynamique créée, les automatismes installés, et la génération émergente représentée par Mukau, Sadiki et Epolo laissent entrevoir une progression durable. La CAN 2027 et le Mondial 2026 seront les prochains horizons de cette équipe en construction.








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