Tribune: « Vous aurez à souffrir mais gardez courage » (l’Abbé Kabazane à Marc Malago)

marc malago
Vital Kamerhe et Marc Malago Kashekere

«Vous aurez à souffrir mais gardez courage » (Jn 16,33) tel est le titre d’un message de réconfort que l’abbé Jean-Baptiste Kabazane adresse à Marc Malago, le Vice-Gouverneur du Sud-Kivu, à peine vient-il d’apprendre sa suspension. Rien n’étonne que ce Prêtre, reconnu pour sa compassion envers ceux qui souffrent, s’exprime et encourage un des fils de celui qu’il aime : Vital Kamerhe ; en des temps difficiles. Hier c’est de Kamerhe qu’il parlait, aujourd’hui, c’est de son représentant en Province qu’il parle en un langage bien lui reconnut : émouvant et consolateur.

Kabazane met en garde contre ceux qui risquent de construire leur gloire sur la tombe de leur frère au lieu de s’unir pour crier à Dieu Miséricordieux les misères vécues actuellement en Province du Sud-Kivu. Ci-dessous la Tribune du fondateur de l’action Mains Secourables.

« Vous aurez à souffrir mais gardez courage » (Jn 16,33). Message de l’Abbé Kabazane à Marc Malago Kashekere

On ne rit pas quand un vieux Parent porte un vieux tissus troué et sale. On ne rit pas quand le sein de sa mère s’allonge à force d’être sucé par la progéniture dont on est issu. On ne rit pas en contemplant la nudité de son Père, c’est un malheur ! On ne rit pas quand un sexagénaire en mal de santé brave la honte et se met à uriner sur la place publique. 

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Une situation de grande confusion au Pays, que dis-je, en Provinces dont le Sud-Kivu, laisse apercevoir un malaise issu des combines obscures aux visées égoïstes. C’est le Pays qui souffre la douleur de l’enfantement dans chacune des Provinces et autres secteurs de la vie nationale où ça va mal. C’est le Pays qui vit sous perfusion organisationnelle en certains coins. Paradoxalement, c’est au Pays encore de dénouer le flou, en déjouant les pièges dangereux que lui tendent ses propres fils sous les oripeaux de la loyauté aveuglante, imbue de ruse moqueuse.

L’annonce aux réseaux sociaux, comme s’en est devenu la coutume administrative, de la suspension du Vice-Gouverneur du Sud-Kivu de ses fonctions tombe comme trouble-fête, au moment où les nuages nébuleux d’un flou couvrent la Province d’une part, et d’autre part, au moment où les Congolais jubilent de la nouvelle de la libération provisoire de l’honorable Docteur Vital Kamerhe. 

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A Bukavu, alors qu’ils sont en pleine messe d’action de grâce pour cette libération qui honore le Pays et consacre la volonté des juges de faire triompher le règne de la vérité sur le mensonge, c’est froid que les rouges – blancs, j’en suis sûr, sont sortis de la Cathédrale, tellement les réseaux sociaux avaient relayé la triste nouvelle de la suspension qui vient comme une chiquenaude fatale cristalliser le malaise non encore franchi au Sud-Kivu. 

Beaucoup souffriront et compatiront à la situation même quand ils ne sauraient risquer une parole, une action. Mais l’on se leurrerait de croire qu’en même temps que l’annonce de la suspension du numéro deux du Sud-Kivu, l’on n’ouvre pas là la porte du rire et du sourire narquois, de la médisance et de la moquerie de certains. Mais aussi, qui saurait imaginer combien l’on hâte ainsi l’agonie de la Province doublement chère au Président Félix-Antoine Tshisekedi ?

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Seul, en effet, ce Magistrat suprême saurait, pour l’instant, dans sa sagesse et son souci du peuple d’abord, apaiser les cœurs impuissants à tirer Marc Malago de cette situation aux ramifications nationales obscures.  Les plus généreux et humains choisiront, quant à eux, de tourner le regard vers le Crucifié afin qu’il en prenne pitié et sauve notre frère du gouffre des eaux et de la noyade où il est piégé. 

J’ai choisi d’en faire partie et encourager l’humilié d’aujourd’hui à bien prêter sa joue pour les coups et son dos pour la flagellation, par lesquels il payerait un lourd tribut d’une politique des coups-bas et des tentations. 

J’aime à dire que personne n’a jamais appris les meilleures leçons de la vie. Les moments difficiles qui émaillent nos courts instants ici-bas sont autant de grandes leçons jamais si bien assimilées. 

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Qui ferait comprendre aujourd’hui au fils de l’ancien Gouverneur du Sud-Kivu qu’en ce qui lui arrive il y a une leçon avantageuse ? Trop vite trompé par cette vie qui passe, l’on crie au malheur quand c’est le bonheur qui se dessine ; on crie au bonheur et à la chance quand c’est le malheur qui vient. 

Cher Fiston, nul ne peut dire avec précision la ligne que prendra l’histoire. Elle s’écrit en gras et à l’encre du sacrifice et de la loyauté, du courage et de l’honnêteté.

Permettez-moi, alors que je vous exhorte à lever les yeux vers le Golgotha, symbole éternel de notre destinée, de vous faire lire l’histoire du vieux paysan chinois. Vous vous y régalerez.

Un vieux Paysan chinois avait un cheval. Un jour, l’animal s’enfuit et ne rentra pas. L’apprenant, les voisins vinrent lui dire tout compatissants : « oh, comme tu es malheureux et privé de chance en cette vie !  L’homme répondit :  » chance ou malchance, bonheur ou malheur, nul ne pourrait le dire ».

Quinze jours plus tard, le vieux tout triste et désespéré, vit son cheval revenir à la ferme et suivi d’une dizaine de chevaux sauvages. Voyant cela et pleins d’admiration, les voisins dirent au paysan : « Comme tu es béni, tu as bien de la chance ! ». Il dit : « Chance ou malchance, qui sait ?  » .

Un jour, le fils du paysan sauta sur une des montures et cassa sa jambe. Pour sûr, c’était de la malchance ! Voyant les gens s’apitoyer, le père hocha la tête et dit : « Chance ou malchance, on verra bien ! ». Les jours passèrent.

C’était la guerre civile dans la province. Un groupe de soldats passa dans le village, emmenant de force tous les jeunes gens en âge de porter un fusil. Seul le garçon à la jambe cassée ne partit pas. On lui dit, quel malheur pour ton fils de manquer au combat ! Il répondit :  » Malheur ou bonheur, nul ne saurait le dire maintenant ! « …

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En effet, les choses ne sont pas toujours ce qu’elles semblent être. On ne sait jamais si tel événement est chance ou malchance, bonheur ou malheur. Il faut attendre la fin de l’histoire, et peut-être la fin de la vie pour conclure. Alors en se retournant, on verra mieux ce qu’il en était (cf. Ps. 25,4).

Apprenons donc des événements de cette vie fugace qu’un arbre cassé n’est pas un bois mort. Et tant que Dieu n’a pas fermé les rideaux, point de désespoir. Son Christ glorifié a d’abord été un Messie humilié, au visage sans beauté ni éclat, défiguré par les crachats, presque semblable à celui des lépreux qu’il avait purifiés.

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Prions pour Vital Kamerhe afin que son innocence soit couronnée par son acquittement. Prions pour son fils Marc Malago en douleur, et supplions le Juge juste et impartial de hâter le jour du partage de la vision d’un Congo qui se lève et marche pour le bonheur des Congolais et des africains. Car, notre Congo doit retrouver sa place naturelle : la locomotive de l’Afrique subsaharienne, rêve permanent de Vital Kamerhe.

Cher Marc Malago, en cet instant où vous broyez l’inattendu de la suspension, à vous ce message : « Je vous ai dit ces choses pour que vous ayez la paix en moi. Dans le monde vous aurez à souffrir. Mais gardez courage ! J’ai vaincu le monde ! » (Jn 16, 33).

Abbé Kabazane Nsibula Jean-Baptiste »

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