Sud-Kivu: qu’est-ce qui bloque pour la vulgarisation du protocole de Maputo ?

Des organisations féminines haussent le ton et demandent que les séances de sensibilisation et de vulgarisation du protocole de Maputo se multiplient afin de garantir le respect des droits des femmes.

Pour ces organisations, la RDC tout comme d’autres états Africains s’est engagée à assurer le respect et la promotion des droits de la femme à la santé, y compris la santé sexuelle et reproductive.

L’État congolais s’est donc engagé non seulement à respecter et promouvoir les droits sexuels et reproductifs des femmes mais aussi à autoriser l’avortement sécurisé  dans les cas limitatifs.

Ce protocole souffre d’application au moment où la question des viols demeure une réalité dans la province du Sud-Kivu.

Il ne se passe pas une semaine sans que des cas ne soient rapportés dans différents territoires et dans la ville de Bukavu alors que plusieurs femmes ne sont pas suffisamment informées sur cette loi qui reconnait l’avortement, dans certaines conditions, comme un droit humain des femmes, dont elles devraient jouir, sans restrictions ni crainte de poursuites judiciaires.

Naweza Pulchérie, dix-sept ans, victime de viol et est parvenue à avoir un enfant et elle est l’exemple même de ce manque de vulgarisation du protocole de Maputo.

« …c’est fut dans mon village natale à Lugushwa en territoire de Mwenga au début de l’année 2018, les hommes armés ont fait incursion dans notre maison, ils m’ont violés jusqu’à me rendre malade. Comme j’étais très affaiblie après deux semaines on m’a amené à Bukavu à l’hôpital  Saint Vincent pour des soins.  Quelques mois plus tard je mis au monde un petit garçon. Actuellement mon fils et moi  sommes pris en charge par l’organisation santé et développement qui encadre les femmes violées à travers l’apprentissage des métiers. C’est dur  quand je vois cet enfant, je me rappelle  de ce drame …» raconte t- elle en pleurant.

Naweza Pulchérie n’est pas la seule à vivre ce calvaire mais elles sont nombreuses qui parviennent à élever malgré elle, les enfants issus du viol.

Pour certaines, c’est normal de vivre avec ces enfants  et pour d’autre ces enfants leur rappellent le moment traversé pendant et après le viol. Ces femmes souhaiteraient prendre peut-être une décision de ne pas mettre au monde mais elles n’ont pas des personnes qui peuvent les orienter sur la bonne décision à prendre après cet acte ignoble.

Implication des autorités

La RDC a publié dans son Journal Officiel depuis le 14 mars 2018 le protocole de Maputo. Les moyens de sa mise en application posent jusqu’aujourd’hui problème.

A cet effet, les organisations féminines, comme le mouvement « Rien sans les femmes » plaident pour la mise en application de cette loi, qui donne à la femme violée la chance de décider sur quoi faire une fois enceinte d’une grossesse issue du viol et des grossesses non désirées.

Elles estiment que les autorités compétentes, en l’occurrence les ministres en charge de la santé et du genre devraient s’impliquer pour que ce protocole soit vulgarisé à tous les niveaux au Sud-Kivu.

Le même appel est lancé aux organisations qui travaillent dans le domaine de la santé pour qu’elles mettent à la disposition de ces femmes, des services appropriés pour les avortements sécurisés en cas de viol.

Mapendo Linda

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