Sud-Kivu:  le comité d’alerte contre les tracasseries et la fraude dans la filière Café s’est réuni pour la première fois

Recommandé et mis en place au mois de juillet dernier lors de la dernière rencontre des acteurs de la filière café au Sud-Kivu, le comité d’alerte contre les tracasseries et la fraude dans l’exportation du Café s’est réuni pour la première fois ce 27 novembre 2019.

Cet atelier avait comme principal objectif celui de lutter contre la fraude, les tracasseries et les perceptions illégales des taxes lors de l’acheminement du Café à l’exportation.

Dans ces assises, les différents membres qui forment ce comité ont été appelés pour discuter autour de ce dossier qui met à mal les affaires des exportateurs et petits producteurs lorsqu’ils veulent acheminer leur marchandise vers l’extérieur de la Province.

Des membres du comité d’alerte en plein

Déterminés à combattre les perceptions illégales (tracasseries) et la fraude, les exportateurs qui s’invitent à travailler dans des coopératives, continuent à mûrir les idées ensemble avec des rencontres en ateliers, pour trouver une solution à leur problème.

Alors que l’idéal de l’Office Nationale des Produits Agricoles du Congo (ONAPAC), un des membres qui forme ce comité d’alerte, est de voir leur produit être traité localement avant son exportation, question d’éviter que le café du Sud-Kivu ne soit plus identifié avec un label étranger, ou d’une autre province.

L’ONAPAC dans cette optique a annoncé la mise en place de son Usine moderne du traitement du Café, pour permettre à ces exportateurs de ne plus aller au Nord-Kivu, un long voyage qui souvent, expose ces commerçants aux tracasseries avant de rejoindre leur destination.

Voilà pourquoi l’ONAPAC a eu l’occasion de présenter des données de l’exportation du Café depuis 1970, jusqu’à nos jours ; des constants qui montrent clairement la chute de la production au Sud-Kivu.

D’après ces données, entre 1972-1979 les exportations en RDCongo via ONC (Office National du Café) atteignaient 240.000 tonnes avec des taxes estimées à 9%.

Entre 1979 et 2018, les exportations ont atteint 40.000 tonnes, alors que les taxes ont baissé jusqu’ à 3,5% pour le Café Arabica, contre 4,5% pour le Robusta.

De 2018 à 2019, le constat est que les exportations se chiffrent à 12.000 tonnes, alors que les taxes baissaient jusqu’à atteindre les 2%. Ce même constat est observé dans la province du Sud-Kivu.

Selon l’ ONAPAC, cette variation des productions malgré la baisse des taxes laisse comprendre que ce ne sont pas des taxes qui peuvent expliquer la sous-production du Café au pays. Cet office appelle donc ces exportateurs à voir d’autres paramètres qui handicapent les producteurs et exportateurs du Café.

Des membres du comité d’alerte en plein atelier.

Les acteurs du secteur du Café sont donc appelés à payer des taxes pour leur propre sécurité une fois devant ces services qui font les perceptions illégales. Ils se disent qu’on est en position de faiblesse lorsqu’on n’est pas en ordre, et c’est là que ces « agents malins » en profitent pour payer des taxes même qui n’existent pas.

« C’est lorsqu’on n’est pas en ordre, qu’on se retrouve dans l’obligation de frauder, et là on se retrouve à la merci des agents qui vous tracassent » pense un participant.

Les exportateurs sont donc appelés à se munir tous les documents qui sont recommandés, et ensuite connaitre ce que dit la loi, pour savoir ce qu’ils doivent payer  pour garantir la sécurité, et échapper aux multiples tracasseries.

« Les exportateurs qui sont tracassés, sont toujours  ceux qui sont pas souvent en ordre avec l’ONAPAC » constate François Nzazu Kambale (Directeur de l’ONAPAC).

Pour avoir tous les documents  nécessaires, des coopératives ont accusé des services de l’état d’être à la base du blocage, occasionnant à leur tour la fraude de la part de ces exportateurs.

Pour contourner toutes ces difficultés qui sont à la base de la sous-production, certaines pistes de solution sont recommandées aux exportateurs.

C’est entre autres, s’organiser en coopératives, procéder au contrôle de la production par l’identification des producteurs,…; que l’état sécurise les coopératives contre la concurrence déloyale organisée soit par les paysans eux-mêmes qui sont manipulés par certains exportateurs, soit par les exportateurs eux-même qui seraient supposés acheteurs.

Il est aussi demandé aux producteurs du café de se procurer des bonnes qualités de semence à l’ ONAPAC pour s’assurer d’avoir une semence pouvant produire des bonnes cerises. Des stratégies sont aussi mises en place. C’est notamment soutirer la semence sur la souche mère pour que la plante ne puisse pas perdre ses caractéristiques après ses générations; voir qu’il y a des pieds de Café qui sont capables de vivre longtemps (100-200 ans), s’il y a des techniques culturales qui sont appliquées.

Comme engagement, des participants ont décidé de confier à l’ONAPAC la coordination du comité, tenir des réunions chaque mois; documenter les cas de tracasseries identifiés durant les mois; identifier  les cas de fraude constatés par les équipes sur le terrain, les documenter et les soumettre auprès de l’ autorité provinciale.

C’est dans ce registre que la prochaine réunion du comité d’alerte contre les tracasseries et la fraude a été fixée pour la fin du mois de décembre prochain, un rendez-vous auquel tout le comité devra prendre part.

Rappelons que cet atelier qui a réuni le Ministère de l’Agriculture, Ministère de l’Intérieur, sécurité et Décentration, le Ministère du Commerce et Finance, la DGDA, la FEC, l’OCC, l’OGEFREM , l’ONAPAC et le réseau de coopératives des producteurs du Café. Il s’est déroulé à l’ Hotel Elizabeth à Bukavu sous le haut patronage du projet Feed The Future/Renforcement des Chaînes de valeur (SVC).

Eric Shukrani

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