La province du Sud-Kivu en général réputée comme frondeuse et bastion de la résistance est encore à la Une cette semaine.
Cette province qui figure parmi les plus difficiles à gouverner au pays vu son caractère frondeur, n’a pas tardé à sortir ses premières griffes à son nouveau Gouverneur, Théo Ngwabidge.
Un mois seulement après son élection et à la veille de la sortie de son gouvernement, la ville « rebelle » et la province « frondeuse » sont en ébullition. Tout semble ne pas aller. De la sécurité à la vie socio-économique, passant par les infrastructures, la cohésion sociale, ou l’administration.
Pour beaucoup d’acteurs sociaux, un mois après, les signaux sont aux rouges. Comme pour ses prédécesseurs, c’est la recrudescence de l’insécurité qui se met en évidence. Le champ de bataille c’est le territoire de Fizi, c’est des conflits intercommunautaires dans la région qui s’invite à la danse. Des groupes armés locaux, nationaux et internationaux sortent des biceps. La ville est prise en Otage par des bandits armés qui enlèvent enfants et adultes, volent et tuent.
«Pourquoi c’est chaque fois qu’il y a un nouveau Gouverneur que l’insécurité devient récurrente en ville tout comme en province?» se demande un acteur de la Société Civile à Bukavu.
Au Sud-Kivu, tout est en chantier, les routes urbaines tout comme celles des dessertes agricoles ou alors les routes nationales le nouveau locataire de Nyamoma le sait mais là n’est pas encore le problème. La difficulté pour l’instant, c’est la formation du Gouvernement Ngwabidje.
Une agitation sans précédent dans les formations politiques
Depuis près d’une semaine, des esprits sont surchauffés en province. Des militants des partis politiques descendent dans les rues pour exprimer leur mécontentement.
C’est le cas de 3 premiers jours de la semaine où plusieurs manifestations se sont succédé dans la ville de Bukavu. C’est d’abord les partis de la plateforme Cap pour le Changement (CACH) qui ont lancé les hostilités. Des militants de l’Union pour la Nation Congolaise et ceux de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Sociale se sont tous exprimé en brulant des pneus sur la chaussée afin de réclamer 50% des postes dans la prochaine équipe gouvernementale.
Grogne également à l’ancien parti présidentiel, le Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD) où des cadres en province disent s’opposer totalement à une certaine importation des ministrables de leur parti. «Il faut que des ministres viennent de la base, du parti et des cadres et autres notables se trouvant à Kinshasa qui tentent de prendre le parti en otage doivent cesser avec cette pratique. Ils tentent de faire nommer des proches et amis en lieu et place des vrais militants sur le terrain» se désole-t-on au PPRD Sud-Kivu.
Ici, on est formel : tout ce qui se fera en dehors du cadre normal tel que le veut la base, sera de nul et sans effet.
De l’autre côté, ce sont des militants se réclamant du Parti National pour la Démocratie et la République (PANADER) qui ont brulé des pneus sur Essence Major Vangu. Eux aussi clament haut et fort que leur parti doit être représenté au gouvernement provincial.
Même si l’autorité morale de ce parti avait clairement choisi de ne pas apporter son soutien à l’actuel Gouverneur alors candidat Gouverneur, les militants estiment qu’ils sont en droit de disposer d’un ministère en tant que parti ou regroupement (ABCE) ayant des députés provinciaux et membre du Front Commun pour le Congo (FCC).
Au-delà de ces partis, d’autres regroupements politiques comme AAB, Palu et Alliés se sont déjà exprimés pour condamner la tentative de leur exclusion dans le partage du «gâteau ».
Sur ces manifestations des politiques, s’ajoutent également des réclamations diverses d’ordre social. Cette même semaine par exemple, des agents de l’ISDR ont manifesté pour demander l’application le manque à gagner promis par le ministère de tutelle pour compenser le manque à gagner de l’application du taux de 920 francs dans les institutions d’Enseignement Supérieur. Le même mouvement a été observé à la Division Provinciale de la santé (DPS) où ce sont les agents qui manifestaient contre la réhabilitation de leur Chef de Division suspendu depuis un mois.
Un peu plus loin c’était aussi la colère des veuves des militaires… Le feu partout… le désarroi à son comble !
Quand les communautés tribales s’en mêlent
Qui a dit que la vie politique congolaise et Sud-Kivutienne se faisait seulement sur base des forces politiques en présence ?
En tout cas, en prélude de la formation de chaque équipe gouvernementale, les enchères sont au plus haut. Dans les partis politiques comme dans les « mutualités ».
Si les postes sont partagés sur base de la représentativité de chaque territoire, une autre donne s’annonce. La guerre à l’interne de ces entités avec la présence de plusieurs chefferies.
Qui de Luhwindja, Burhinyi, Basile, Wamuzimu, Itombwe ou Lwindi devrait gérer un ou deux postes ministériels accordés au territoire de Mwenga ?
Qui de la chefferie Ntambuka ou Rubenga devrait encore avoir un ministre dans le gouvernement provincial pour le compte du territoire d’Idjwi ?
Qui de la chefferie de Ngweshe et Kaziba devrait encore bénéficier d’un ou des ministre(s) au nom du territoire de Walungu ? Qui de Nindja ou de Kabare devrait prendre ce qui revient au territoire de Kabare ? Ou encore qui de Batembo ou des Bahavu devrait prendre un ou plusieurs poste (s) réservé (s) au territoire de Kalehe ?, etc. Là encore les déclarations des mutualités et ressortissants de tel ou tel autre lieu se multiplient avec parfois des « logiques illogiques » et des justificatifs qui ne tiennent pas débout.
Ici, plusieurs chefs coutumiers, quoique déjà très visibles dans le Front Commun pour le Congo (FCC) veulent aussi avoir les hommes qu’ils ont eux-mêmes proposés au nom de leur influence, de leur chefferie.
Des «notables » qui ne lâchent rien
Dans cette confusion, Théo Ngwabidje est aussi de faire face à la « notabilité». Il s’agit là de grandes personnalités ressortissant du Sud-Kivu vivant essentiellement à Kinshasa. Des grandes personnalités pour la plupart politiques mais qui veulent également avoir un œil sur la gestion de la province du Sud-Kivu. L’actuel Gouverneur ayant reçu leur soutien clair dans une déclaration avant l’élection de mars dernier est obligé de faire avec et de recourir aussi à eux pour sa première équipe gouvernementale.
La dernière correspondance adressée au ministre Azarias Ruberwa pour proposer un membre de la communauté Banyamulenge à nommer dans l’ossature gouvernementale a fait le buzz sur les réseaux sociaux. Des commentaires allant dans tous les sens ont fusé de partout pour condamner cette action de l’actuel Gouverneur et cette mainmise omniprésente des « notables » qui sont dans la capitale Kinshasa.
Comment ne pas parler des femmes et des jeunes qui se sont déjà exprimé en insistant qu’un quota doit leur être réservé dans la prochaine équipe gouvernementale ?
Tentative de sabotage ou des actes politiquement calculés ?
Comme dans toute instabilité, plusieurs théories reviennent pour tenter de trouver une explication à tel ou tel autre comportement. Dans la suite des inquiétudes, figure les derniers documents qui se sont retrouvés sur les réseaux sociaux.
Des documents censés être confidentiels et/ou administratifs destinés à l’usage du cabinet de l’actuel Gouverneur se sont retrouvés sur des réseaux sociaux. C’est par exemple la proposition des ministres UNC, de la lettre demandant un ministre de la communauté Banyamulenge et d’autres encore. C’est ce qui a conduit d’ailleurs à des frustrations qui ont par la suite généré des manifestations de colère de la part des militants des partis politiques.
Qui est dernière ces actes susceptibles de ternir l’image toute fraîche du ticket Théo Kasi-Fiston Malago ?, se demande-t-on dans le paysage politique en province et spécialement dans son entourage.
Mais dans d’autres salons politiques ont suspecte des actes délibérés de l’actuel locataire de Nyamoma ou de ses parrains politiques. En tout cas, les analyses vont dans tous les sens mais personne ne sait exactement dire le pourquoi de chaque situation arrivée en début de semaine à Bukavu.
Ce qui est sûr est que Théo Ngwabidje Kasi, jugé technocrate par ses proches, a besoin cette fois d’une certaine dose de stratégie politique pour pouvoir s’en sortir dans la gestion de cette province, l’une des plus politiquement complexe et stratégique vue sa délimitation et sa position dans les Grands-Lacs.
Ce que l’on sait est qu’actuellement la pression est énorme et l’actuel Gouverneur a reçu son premier baptême de feu. Reste à savoir comment lui, (l’acteur) va se comporter face à un système presqu’instauré et qu’il ne peut tenter de « déboulonner » pour asseoir son pouvoir pour l’instant.
Aura-t-il le courage d’imposer son style en tant qu’acteur dans un système déjà en place comme le disait le politologue Elie Habibu ? Saura-t-il avoir le contrôle sur des ministres qu’il n’a pas presque choisi ? Les prochains jours vont nous le dire.
Laprunellerdc.info
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