Quand Cishambo accède à la tête de la province du Sud-Kivu, il est un illustre inconnu pour le commun des mortels. « Il est le protégé du chef de l’Etat et du Belge Louis-Michel, son beau-frère » entend –ton dans les salons huppés de Bukavu. « C’est grâce à Vital Kamerhe qu’il est rentré en RD Congo » assurent ceux qui font semblant de le connaitre à l’UNC.
Moins va-t’en-guerre que son prédécesseur Louis-Léonce Muderhwa, Marcellin veut réussir son travail : « ramenez la paix au Sud-Kivu » rappelle-t-il à ses concitoyens.
L’apprenti gouverneur se soumet avec Zèle à l’exercice de l’allégeance à la population et surtout aux faiseurs d’opinion de Bukavu. Il réussit son coup. Presque tous les adeptes des émissions politiques de Bukavu sont dans sa trousse. A Bukavu, la polémiste on les appelle désormais « des ventriotes ». De passage on cite Elly Habibu, feu Kinganda, Emmanuel Mulindwa, Christian Wanduma, Idesbald Byabuze, …
De 2010 à 2017, Cishambo marque différemment les esprits. 8 ans après, ses amis, ses défenseurs n’ont pas remballé le tapis rouge. Ses pourfendeurs disent de lui qu’il parle plus qu’il n’écoute, s’exprime puisqu’il ne suggère. « L’homme vous invite, vous reçoit, il ne vous laisse pas le temps de parler. Il prend 2 à 3 heures à soliloquer, à monologuer sur sa vie en Europe, à Kinshasa, de ses expériences ».
Pour ses fans, c’était là à la fois la chance et le risque d’avoir un tel gouverneur qui ne vous menace pas, qui arbore toujours un grand sourire, qui connait tout le monde par son prénom, qui répond aux coups de fil et aux messages et cela sans ménagements. « Il était devenu un grand-père des Kivutiens », vante un de ses disciples.
« Mandefu ya pembe » comme on le surnomme, ne veut des problèmes à personne. Mais on lui en crée nombreux.
Chronique d’un homme aux allures trop Kinoises pour les Bukaviens
Pendant 5 ans, de 2010 à 2015, année de mauvais tournant de son leadership sur le Sud-Kivu avec en tête ses frères d’armes de la majorité présidentielle, qui veulent à tout prix sa chute. On parle du PPRD avec Emmanuel Shadary et Katintima Norbert à la tête de la fronde. On réussit à allier Néhémie Mwilanya à leur cause et tant d’autres. Le PPRD au Sud-Kivu est divisé pour chercher à en découdre avec Cishambo.
Cette guerre entre membres d’un même parti, les Wazalendo contre le camp Cishambo crée un manque à gagner à la province.
Les Wazalendo, ne pouvant supporter que Cishambo donne du travail aux non membres de leur parti se font très vociférateurs jusqu’à faire le pied de grue à Kinshasa demandant son départ. Cishambo n’a plus la tête à sa province et à ses projets. Très souvent convoqué à Kinshasa, sur demande pressent de sa hiérarchie politique, n’est compris que par Joseph Kabila contre toute la crème politique PPRD et alliés du Sud-Kivu. Exception faite de Louise Munga Mesozi, apprend-on au PPRD.
Cishambo ne cessait de se vanter comme étant « un Josephiste politiquement et catholique de Rome Religieusement ».
« Je n’ai peur de personne, je m’en remettrais au président quand il voudra de mon départ du Sud-Kivu. Je servirai avec honneur mon pays ailleurs où le voudra le chef de l’Etat. Mais en attendant Muta nikumbukaka. » disait-il. « Aucune personne ne peut diriger avec des attaques infondées de ses propres frères. Sommes-nous devenus une bande de crabes qui ne veut voir personne être élevée ? » se plaint un de ses proches.
Cette guéguerre du Pprd s’ajoute au fait que les recettes fiscales perçues par le gouvernement central ne sont que partiellement rétrocédées aux autorités provinciales. Ceci ne laisse pas à la province assez de ressources pour investir dans les domaines socio-économiques les deux ou trois dernières années.
L’ami des journalistes
D’un bord à un autre, Marcellin Cishambo, le gouverneur honoraire du Sud-Kivu, a, dans plusieurs secteurs marqué ses administrés. Les exemples sont légions. Il a fait presque l’unanimité dans la presse provinciale. Il recevait facilement les journalistes de tout bord qui le souhaitaient et cela en sa résidence officielle que nombreux ont connu à son avènement. Aucun sujet ne lui était tabou. N’est-ce pas qu’il intervenait comme tout le monde dans des émissions des débats politiques pour donner la version officielle des faits.
L’homme a accompagné, pas sur pas, l’édit provincial portant protection des journalistes et défenseurs des droits humains ; un cas unique en son genre en RDC.
Les journalistes affichés comme ceux de l’opposition ne l’ont-ils pas accompagné dans ses pérégrinations à l’intérieur qu’à l’extérieur. Lors des concertations nationales, il a amené à Kinshasa plus de 10 journalistes pour couvrir l’événement en 2014. Le seul gouverneur à l’avoir fait à l’époque.
Les journées dédiées à la presse étaient pour lui un moment de consolider ses relations avec la presse même si pendant ses 7 ans, il n’organisa qu’Une ou deux conférence(s) de presse.
Il approchait et ne lésinait pas sur les moyens. A la fin de la manifestation, l’occasion était propice pour les journalistes et le gouverneur à se déhancher jusque tard dans la nuit. En effet, on lui reprochait souvent ses pas des danses esquissaient avec le commun des mortels. Il ne cessait d’étonner, dans ses rencontres, lui qui ne boit pas de l’alcool, il s’en vante et vante ses capacités à bien danser. « Même le chef de l’État connait que j’aime me trémousser » déclarait-il.
Un « gentleman » et Bukavien parmi les Bukaviens
Unanimité sur ses ouvres inachevées, non mais sur le fait de s’être approché du citoyen lambda, il n’avait pas d’égal. Il donnait ses numéros à tout le monde.
« Appelez-moi quand vous avez des problèmes la nuit » voulait-il rassurer ses administrés. Et à chaque fois qu’on l’appelait, il n’hésitait pas à répondre ou à vous rappeler.
Ses descentes sut ses chantiers sont ses moments préférés. Là il cause avec la population, parfois il blague avec elle sans cet accoutrement gouvernemental. « Et il libérait… » aiment raconter les garçons de Major Vangu à l’Essence qui sont restés nostalgiques à ses manières de les considérer.
Le gouverneur chef des chantiers
Ses descentes sur les chantiers ne passent pas inaperçues. Il est 1 à 2 fois sur ces routes quotidiennement. On se rappelle d’un gouverneur-ingénieur surnommé « Cubaka ». Buholo 4 en chaussée romaine ; une avenue qui respire un air nouveau, la route Nationale N°5, Bukavu-Uvira le tient personnellement à cœur. Personne ne lui donnait la chance de faire même 1 mètre de cette route. Il est arrivé, non sans peine, à terminer 5 Km. Et je continue le plaidoyer, ne cesse-t-il de dire à ses amis. Il a continué à entretenir Ngomo, A Uvira, certains tronçons sont sortis du sable de cette ville chaude. Là, certains citoyens disaient n’avoir jamais vu comment on asphalte une route. C’est qui faisait marrer Cishambo.
D’autres tronçons oubliés ont été ressuscités de la boue de Bukavu ; Av. Kibombo, Fizi, Mimoza, Maniema, Kindu, Kasongo, Hippodrome, Industriel, Coopéra, Limanga.
Taquiné pour ses routes pas très bien faites et sur son nom « Cishambo », il avait toujours une réponse à donner qui faisait rire même ceux qui croyaient l’importuner. « Au moins moi j’ai osé avec les routes proclamées des biscuits, CD, rasoir…vous m’avez aussi proclamé Cubaka, merci. Quant à Cishambo, c’est mon nom de famille ».
Les femmes ne sont pas restées des oubliées. C’était son faible dans le vrai sens. Il ne cessait de les promouvoir que c’est soit dans le gouvernement que ce soit dans d’autres secteurs de la vie. Il tenait beaucoup au planning familial chez les femmes. Il en parlait avec aisance qui déconcentrait parfois les dames à qui il s’adressait.
Un démocrate, comme il aimait s’appeler
La société civile lui a jeté des jolies fleurs sur certains faits. « Pas de barbaries physiques à notre égard quand nous organisons nos marches ».
Même quand sur toute l’étendue de la RDC, les marches étaient interdites et réprimées violemment, celui qui tenait les commandes de la province ordonnait de laisser les gens manifester sans problème mais insistait-il « pourvu qu’ils respectent les droits de ceux qui ne vont pas être dans leur marche ou qui veulent travailler, si ce n’est pas cela, là ce sera un problème».
Cette attitude lui a valu admiration et considération du côté des opposants et des défenseurs des droits de l’homme qui voyaient en lui un exemple d’une autorité qui comprend que chacun peut s’exprimer en démocratie. Pas seulement de l’admiration mais son attitude lui a créé des ennuis au sein de sa propre famille politique. Beaucoup le voyait comme un allié de l’opposition pointant du doigt sa prétendue proximité avec Vital Kamerhe.
Un autre fait c’est quand des collaborateurs proches du gouverneur du Sud-Kivu allaient dans tous les médias pour l’accuser de ne pas payer leur salaire. Elie Habibu, jusqu’à son départ conseiller en matière économique au gouvernorat était parmi les plus critiques par rapport à la gestion de son boss. Plusieurs proches du gouverneur lui ont conseillé de me virer ou de me mettre en prison et il leur a répondu : « est-ce que ce que Elie réclame n’est pas son droit ?est ce qu’il n’a pas des mois impayés, et pourquoi il ne devrait pas réclamer ? » interrogeait Marcellin Cishambo à un collaborateur comme le témoignait alors Elie Habibu dans une émission de débat sur une radio locale.
« Chacun a ses faiblesses, mais la force de Cishambo c’était la compréhension mais aussi la reconnaissance de la liberté des autres », témoigne un acteur de l’opposition ; Et de poursuivre « comptez combien d’opposants ou activistes des droits de l’homme ont été arrêtés sous ses 7 ans à la tête de la province par rapport au Nord-Kivu et à d’autres provinces du pays et vous comprendrez que c’est vrai, cette qualité de démocrate, il l’avait »
Alors que plusieurs militants du PPRD de l’aile Wazalendo s’étaient retrouvés devant sa résidence pour exiger son départ immédiat en octobre 2016 ; Marcellin Cishambo était plutôt calme et se positionnait en véritable démocrate.
« Je suis au courant qu’il y a un sit-in en ce moment en ma résidence, je suis un démocrate de haut niveau, même vous, vous pouvez venir manifester chez moi »
Imperturbable, Marcellin Cishambo relativisait « vous qui n’avez pas eu la chance de beaucoup voyager, vous savez à Londres il y a une place où on va injurier qui on veut toute la journée et puis, on rentre dormir chez soi content d’avoir injurié ».
Pendant 5 ans, il paie régulièrement (mensuellement) ses agents, multiplie par 5 soit 8 leurs salaires. Il apparait comme un gouverneur attentif aux problèmes sociaux des agents.
« Si j’ai construit c’est grâce à lui après avoir travaillé avec plusieurs gouverneurs » avoue un membre de son cabinet politique à l’époque.
Il est vraiment proche de la presse, la jeunesse, de la femme, mais parfois on le traite d’indiscret. On lui reconnait avoir l’horreur du culte de la personnalité.
Malheureusement Cishambo s’est entouré d’un « comité stratégique » dans lequel on a retrouvé son Dircaba, Jean Pierre Ndusha qu’on accuse de tous les maux Cishambo. « C’est lui le tombeur de Cishambo alors qu’une amitié complice lie les deux », témoigne un financier. A la veille du départ de Cishambo, les agents et certains administrés décrient les agissements de ce cartel de Cishambo : Bagaya, Ndusha, Guy Bashizi par qui le malheur de Cishambo serait venu…
Le 11 mai 2017, des citoyens de sa province essentiellement des cadres de l’opposition politique accompagnés discrètement des cadres et même des hauts cadres de son parti le PPRD profitent de sa mauvaise stature et des contestations au niveau de la province pour finaliser son départ. Un mouvement se crée, il fonctionne dans l’informel. Peu d’entre eux se font voir mais le mal est déjà profond. Le départ du « grand-père » est officialisé des mois plus tard.
La Rédaction
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