RDC : Tshisekedi et la Justice (Mon Point de vue Ep.2 )

TAC Parquet agents justice -
Palais de Justice Bukavu

Pour ce deuxième épisode de « Mon Point de vue » du 23 décembre 2021, Nicolas Kyalangalilwa revient sur le discours du Chef de l’Etat sur l’état de la nation avec un accent particulier sur le secteur de la Justice. Dans son discours, prononcé devant le congrès (L’assemblée nationale et le Senat) réunis le lundi 13 décembre 2021 à Kinshasa, le Président a mis en exergue les problèmes existants au sein du système judiciaire congolais. Il a présenté sa vision de voir une justice « juste » qui ne traiterait pas les gens différemment selon leur statuts. Une justice qui rassurerait aussi bien les faibles et riches (et puissants) qui n’ont rien à se reprocher. Une justice qui serait crainte de la même façon par les pauvres et puissants (et riches) qui seraient du mauvais côté de la loi. Et pourtant, cette semaine, nous avons vu une justice à double vitesse, qui traite les pauvres différemment des riches (et puissants).

« Le week-end passé la chronique a été dominée par l’arrestation spectaculaire du Gouverneur (ou Ex Gouverneur selon les camps) du Kongo Central son Excellence Atou Matubuana.

Les vidéos de son interpellation plus que brutale ont circulé dans les réseaux sociaux. Des commentaires de condamnation se sont élevés de part et d’autre. Un homme de son statut ne pouvait pas être trainé dans la rue ainsi avec une extrême humiliation, comme un vulgaire citoyen. On lui devait un peu de respect dû à son rang, affirmaient certains.

Lire aussi: Discours sur l’état de la nation : la sécurité à l’Est, une question casse-tête ! (Mon point de vue)

Parmi eux, le Président de l’Assemblée Provinciale du Kongo Central (Hon Jean-Claude Vuemba). Ce que j’aime sur les réseaux sociaux (et il y a beaucoup des choses qui me plaisent et me déplaisent-un sujet d’une autre fois), est la liberté d’opinion que l’on y retrouve.

Pendant que certains condamnaient cette interpellation humiliante et brutale, d’autres rappelaient qu’il n’y avait rien de spécial ou de nouveau dans cette interpellation. C’est ainsi qu’est traite le congolais moyen (excepté que souvent, cela ne fait pas le buzz sur les réseaux sociaux).

J’ai même vu des photos des anciens dirigeants et leaders de ce pays (Lumumba, Etienne Tshisekedi, etc.) circulant sur les réseaux sociaux attestant de cette brutalité policière vécue au quotidien par les congolais.

Les interpellations en RD Congo ne sont pas aussi « douces » qu’on aimerait qu’elles soient. Cette réalité est encore loin d’être l’expérience du congolais moyen, et même du congolais « puissant » tel que l’atteste l’interpellation de Mr Atou Matubuana.

Au moins lui après quelques appels téléphoniques, sur « instruction de la haute hiérarchie » nous dit-on, il a été libéré et a passé la nuit chez lui à la maison. Et les millions d’autres congolais qui n’ont pas accès à cette haute hiérarchie, eux subissent, un tout autre sort !

C’est le cas d’un autre congolais, un jeune homme de 32 ans, Mr. Olivier Mpunga. Lui aussi a eu des démêlés avec la justice et plus particulièrement la police pour une banale affaire d’une dette non remboursée. Malheureusement, il n’avait pas des contacts au sein de de la « haute hiérarchie », il n’avait que sa pauvre mère, de surcroit, veuve.

Dans une mégapole comme Kinshasa, où chacun essaye de « survivre », cette dette de rien du tout (on parle de 600 USD, d’autres personnes d’une voiture- qui en sait réellement de quoi il s’agissait), lui coutera la vie.

Il sera torturé par des éléments de la Police qui enquêtaient sur cette affaire, et décèdera dans la cellule qui lui servait de cachot.

La vidéo choquante de sa torture inondait la toile. C’est uniquement quand les internautes se sont indignés que les autorités ont condamné cet acte et un procès en flagrance a été initié.

Dans un communiqué, le commandement de la PNC, assurait qu’il s’agissait là d’un cas isolé. Mais personne ne le croit, car nous vivons tous en RDC. Loin d’être un cas isolé, il s’agit là, d’une pratique très courante lors des arrestations telles que le prouve l’arrestation de Mr Atou Matubuana.

Des milliers des congolais subissent cette humiliation et certains perdent leurs vies (tel que Mr Olivier Mpunga), pour des dossiers de rien du tout. Mais qui s’indigne pour eux ? Combien des policiers, Officiers de la Police Judiciaire ou alors des militaires ont été jugés et condamnés pour maltraitance/violence sur des présumés suspects ? Je ne crois pas que vous trouverez ces statistiques.

Cette violence policière (et militaire) lors des interpellations est malheureusement la norme dans ce secteur. Elle devrait être un sujet d’attention pour ceux qui œuvrent au sein du système judiciaire congolais. Elle ne fait que ternir le blason de ces hommes et femmes qui travaillent déjà dans des conditions difficiles pour assurer une justice « juste » selon les vœux du Président de la République. Malheureusement, les cas « Olivier Mpunga » qui pullulent, n’ont pas encore dit leur dernier mot !

Ce qui est encore plus intéressant (ou alors désespérant) est que de temps à temps les plus hautes autorités de notre pays « gouttent » à ce repas « de violence quotidienne » du congolais lambda.

Le dimanche 19 décembre 2021, une délégation conduite par un ministre d’Etat (ministre des ITPR- Mr Alexis Gisaro) et ayant en son sein cinq députés, a vu des policiers les attaquer créant la panique dans la capitale (et dans le pays). La police affirmera plus tard qu’aucune balle n’avait été tirée mais il s’agissait plutôt des grenades assourdissantes. L’équipe des policiers, elle, a été arrêté pour raison d’enquêtes, entre-temps.

Pendant quelques minutes, un ministre, des députés et un Gouverneur ont gouté à la vie du congolais moyen quand il/elle a à faire à la police (et la justice) de son pays. Cette même police qui est payée grâce à la sueur de son front ! Quelle ironie ? Ils ont expérimenté la violence qui constitue le pain quotidien des leurs administrés. Espérons qu’ils ne vont pas classer ces épisodes dans la catégorie des expériences négatives et continuer leurs chemins. Espérons qu’ils vont s’insurger contre ces pratiques qui se normalisent. Espérons qu’ils vont travailler pour une justice « juste ». Je sais que vous êtes aussi septiques que moi !

La vérité est qu’ils vont oublier cette mésaventure, s’ils ne l’ont pas déjà fait. Si nos hauts dignitaires ne le peuvent pas, alors qui nous donnera une justice « juste » ? La vision du président quant à la justice sera-t-elle une réalité ? Pouvons-nous nous permettre d’y croire ? L’avenir nous le dira…

Rév. Nicolas Kyalangalilwa

Acteur de la Société Civile »

A propos de « Mon point de vue » 

« Mon Point de vue » est une chronique d’analyse de l’actualité provinciale, nationale et régionale animée par Nicolas Kyalangalilwa, célèbre, fervent acteur de la Société Civile et diffusée sur la radio Jambo FM émettant sur 92.0 MHz à Bukavu au Sud-Kivu. Elle est diffusée tous les lundis, jeudis et dimanches à 20 heures 15. La rediffusion de ces épisodes se fait les mardis, vendredi et lundi à 8 heures du matin. LaPrunelleRDC vous les proposera également en écrit et en audio.

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