
Lors des élections, qui se sont déroulées au mois de décembre 2018, le peuple congolais a voté massivement pour les deux candidats présidents issus de l’opposition, alors qu’aux législatifs, national et provincial, la majorité des élus découlent du camp au pouvoir, le FCC. Ce paradoxe est une incidence de certains facteurs politiques et socioéconomiques qui ne favorisent pas, à la majorité de congolais, la compréhension de la nécessité d’un vote cohérent.
Aux élections jumelées, qu’a connues la RDC, le peuple congolais a manifesté sa vive aspiration au changement radical de de régime ; et l’a exprimé à travers un vote sanction qu’il a infligé au candidat de la continuité.
Ce vote sanction n’a cependant concerné que le seul candidat président, car le Front Commun pour le Congo a tout de même engrangé une majorité absolue au sein des hémicycles tant national que provincial ; ce qui fait la coalition actuellement au pouvoir théoriquement maître du parlement à venir.
Aux yeux de fins connaisseurs du contour politique congolais, ce phénomène a ses sources dans une réalité sociologique spécifique qui semble découler de la méconnaissance des règles de jeu démocratique par une bonne frange de la population congolaise.
Pour Nicolas Kyalangalilwa et Théodore Museme, deux analystes de la ville de Bukavu, l’aspect tribalo-ethnologique l’a emporté sur les bons sens patriotiques. Tenant compte de la proximité et de l’identité, en fonction des origines, certains citoyens congolais ont orienté leur choix dans un sens opposé à leur vœu.
« Les gens votent la personne qu’ils connaissent, la personne qui est plus proche d’eux, et ce n’est pas sur base d’idéologies ; c’est sur base plutôt de qui est de chez-nous, qui peut nous aider nous aussi à accéder à la chose publique », estime Nicolas Kyalangalilwa, cadre de la Société civile et pasteur protestant.
« Le vote est resté ethno-tribal », estime de son côté Théodore Museme, acteur politique et politologue de formation. «Dans tel milieu, vu la prédominance de telle tribu, et la force de telle candidat, il influence aussi les résultats parce que tous les siens l’ont voté… On a voté les amis, on a voté les frères, on a voté les sœurs », précise-t-il.
Par ailleurs, les leaders ethnologiques capitalisent l’état de précarité de leurs bases pour créer autour d’eux une auréole de clientélisme. Cela fait que les candidats, du pouvoir en place se font le plus élire, en vertu des grands fonds dont ils jouissent, et qu’ils ont investis pour s’acheter la volonté du peuple.
« Ces leaders-là, qui sont des leaders dans leur base, ne deviennent pas des leaders parce qu’ils ont vendu une idéologie, mais parce qu’ils ont construit des réseaux de clientélistes où ils distribuent des choses à gauche, à droite. Pour maintenir ces réseaux clientélistes, ils ne vont pas rester à l’opposition ! Ils doivent rester là où il y a des moyens », a poursuivi monsieur Nicolas Kyalangaliwa.
L’aspect matériel a bel et bien été au rendez-vous, et a influencé le choix du peuple, comme l’affirme le politologue Théodore Museme.
« Beaucoup de candidats [y compris ceux de l’opposition] qui avaient beaucoup de matériels ont réussi », remarque Théodore.
Cette « schizophrénie » est également imputable à une ratée communicationnelle de l’opposition, lors de la période de précampagne. Les opposants semblent s’être trompés de cible, en n’indexant que le président de la république, oubliant que la machine étatique allait plus loin que cela.
« Les opposants ont choisi la stratégie d’attaquer la personne du président de la république ! Les opposants ont monté toute une stratégie contre une personne et non pas contre un système ; ce qui fait que, quand les gens ont répondu, ils ont répondu contre une personne [à la présidentielle] et non pas contre le système, qui est géré par les partis politiques », pense l’acteur de la société civile Nicolas Kyalangalilwa.
Le politologue Théodore Museme fait une analyse similaire, mais semble dédouaner les acteurs politiques de l’opposition. Ce contraste, que Museme qualifie d’ « analphabétisme politique », est dû manque d’information politique dans le chef des congolais.
« Beaucoup de nos concitoyens pensent que quand vous avez le président de la république, vous avez tout. Ils ne comprennent pas que ce président-là mérite d’avoir une assemblée qui va lui permettre de mener cette politique. Et cela n’est connu que par une petite crème intellectuelle qui sait que le président ne peut bien travailler que s’il a la majorité de députés. Voilà pourquoi les gens ont choisi contre un président du FCC, mais pour la députation, ils l’ont fait vaille que vaille », comprend Théodore.
Dans la configuration actuelle, la coalition ayant soutenu le camp présidentiel comptera plus de 360 députés nationaux, sur les 500 possibles, pour le prochain mandat. Cette suprématie nette, si les alliances ne se défont pas, augure au FCC le droit de donner le prochain Premier ministre et, par ricochet, constituer le prochain gouvernement, chose que ne s’imagine pas le pasteur Nicolas Kyalangalilwa, vue la crise d’idéologie dans les différents mouvements politiques congolais.
« Les gens vont vouloir être aux affaires, et pour être aux affaires, il faut se rapprocher de celui qui est aux affaires », pense monsieur Kyalangalilwa, qui regrette le manque de la culture de valeurs et d’idéologie dans la classe politique congolaise.






