Accès Humanitaire

    LObservatoire de la Dépense publique (ODEP) a rendu ce 4 janvier 2020 son rapport « de contrôle citoyen de l’exécution du budget global et des dépenses publiques pro-pauvres » pour la période 2017-2019. L’ONG y estime que même si les régimes se succèdent au pouvoir, « la mauvaise gouvernance des finances publiques demeure et empire ».

    Les analystes de l’ONG n’ont pas séparé 2019 – année où la Présidence est exercée par Félix Tshisekedi en coalition avec les kabilistes – des deux précédentes, quand Joseph Kabila était chef de l’Etat parce qu’ »il n’y a pas eu amélioration en 2019, au contraire, la gouvernance est allée de mal en pis ».

    L’ODEP révèle que de 2017 à 2019, seuls 7% de fonds alloués à la santé ont servi pour les actions prioritaires contenues dans la politique sectorielle.

    Dans la rubrique consacrée à l’analyse de l’exécution du budget dans des secteurs dits pro-pauvres (Santé, enseignement, développement rural, agriculture, élevage et pêche); l’ODEP révèle que le secteur de la santé a connu un sérieux problème dans la répartition des fonds.

    Selon cette structure, le cumul des prévisions budgétaire des 2017-2019 était dans l’ordre 2.499,3 milliards de francs congolais, tandis que celui de l’exécution budgétaire pour la période sous examen est de 1.280,4 milliards de francs congolais. Soit un taux d’exécution de 51,23%.

    Manque de volonté du pouvoir central

    L’ODEP révèle que 93% des dépenses du secteur de la santé au cours de la période 2017-2019
    sont liées au fonctionnement du ministère de la santé et à la rémunération. Tandis que les actions prioritaires contenues dans la politique sectorielle concernée (Offres des soins et des services de santé, lutte contre les maladies épidémiques et endémiques et accès aux soins et services de santé) n’ont n’ont reçu que 7%.

    Face à une situation pareille, l’ODEP note qu’il s’observe à ce stade, un « contraste » criant entre la volonté exprimée dans la définition des politiques nationales en matière de santé; et le taux d’allocation budgétaire de ce secteur.

    Même constat sans appel à l’analyse des budgets de l’enseignement non universitaire. Ces budgets ont été réalisés à 79% en moyenne pour les trois années retenues. Ce serait un progrès par rapport à la santé si l’on ne constatait pas que 99,5% des sommes dépensées l’ont été pour les fonctionnement du ministère et des rémunérations, ce qui ne laisse que 0,5% pour les actions prioritaires.

    « Ceci traduit clairement le manque de volonté du pouvoir central d’améliorer les conditions sanitaires de la population » regrette l’ODEP. Il propose le changement de la vision globale en matière de politique économique.

    Cela, pense l’ODEP, en « tournant le dos aux politiques publiques fondées sur l’extraversion économique et opter pour une voie de développement endogène »

    Un simple slogan, non suivi d’effet

    Dans le domaine de l’agriculture, les budgets ne sont réalisés, en moyenne, qu’à 13,2%. Et 97% des sommes déboursées vont à l’administration, le reste au développement des filières végétales. Cela montre que « l’agriculture « priorité des priorités » n’est qu’un slogan du pouvoir central », souligne l’ODEP.

    Bien que Kinshasa ait signé l’Accord de Maputo prévoyant que 10% des budgets africains seront consacrés à l’agriculture; au Congo ce secteur ne s’est vu attribuer que 7,6% du budget en 2017, 1,59% en 2018 et 3,5% en 2019.

    Il en va de même pour le Développement rural: 90% des sommes reçues vont à l’administration, alors que la part de ce ministère dans le budget national n’est que de 2% en 2017, 1,8% en 2018 et 2,2% en 2019.

    Sort du lot le ministère de la Pêche et de l’Elevage. Son budget est passé de 0,4% en 2017 à 20,6% en 2018 et 11,3% en 2019. Et – miracle! – seuls 4% de ces budgets ont été consacrés à l’administration, le reste allant au développement de ces secteurs. Cela « profiterait réellement à la population si le ratio était conséquent entre le budget général et la part réservée à ce secteur », regrettent les analystes.

    Plus généralement, le rapport note que « l’exécution des lois de finances 2017-2019 n’a pas été conforme aux lois de finances y afférentes »; et n’a pas permis de « créer des richesses, ni de promouvoir une croissance économique pro-pauvres; ni d’améliorer les conditions sociales de la population ».

    L’ONG fait une série de recommandations aux autorités, et plusieurs autres propositions que vous pouvez lire dans le rapport complet ici.

    Bertin Bulonza

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