
Des circonstances atténuantes s’appliquent, de droit, en faveur des uns, et les mesures sévères à l’encontre des autres. Qu’est-ce qui est resté gratuit dans ce pays ? Certes, il y a un service qui s’offre sans lucre, la mort ; et c’est bien parce que personne n’en veut.
Des services étatiques qui, naturellement, s’offraient gratuitement sont monnayés. Un mécanisme a été minutieusement conçu afin que les titulaires de ces services ou leur hiérarchie trouvent des astuces pour en traire du lait frais. Des origines à nos jours, l’obtention du diplôme d’Etat n’exigeait que l’usage de ses méninges ; les traditionnels frais de participation ne dépassaient jamais les 15 dollars américains. Aujourd’hui, il est exigé à tout candidat aux examens d’Etat de débourser une colossale somme de 40 dollars américains pour décrocher le droit de prendre part à cette compétition scientifique.
Comme si cela ne suffisait pas, une innovation a été introduite, cette année, dans ce domaine : Pour avoir son diplôme, il faut, en plus de toute l’escroquerie (prime et autres frais connexes) dont les parents sont victimes, payer une considérable pénalité s’élevant à 20 dollars américains ; ceci émane de la décision du ministre national de l’enseignement primaire, secondaire et professionnel. Cette mafia, digne d’un vol institutionnalisé, ne tient aucunement pas compte de la situation de précarité accentuée imposée au citoyen.
Le monde des affaires n’est pas épargné par ce genre de vol. Des prix parallèles sont instaurés pour avoir accès à des documents officiels dont les prix sont officiellement fixés par les instances habilitées. Avec consternation, il nous a été renseigné des sources dignes de foi, proches du ministère provincial des mines, environnement et hydrocarbures, que la carte de négociants qui doit, officiellement, coûter 500 dollars, subit une augmentation de 60 dollars, œuvre d’un responsable de division des mines, justifiée comme frais des formalités. La destination de cette somme est obscure et demeure un secret du concerné.
Dans le domaine minier, cette situation ne constitue pas une exception, plutôt une habitude. La traversée frauduleuse des minerais, provenant des sites congolais vers les pays voisins, n’est-elle pas facilitée par des gens qui se veulent indéboulonnables ?
Tout service que l’on attend de l’Etat est toujours entaché de magouille, quel qu’en soit la taille. Quand vous passez la commande d’un passeport, il vous est exigé de débloquer une somme n’allant pas en dessous de 250 dollars américains, or le prix officiel de ce document n’atteint pas les 200. La différence là, où atterrit-elle ? Mine de rien, sans payer la totalité de la somme vous exigée, sous prétexte de vous conformer aux exigences légales, oubliez votre passeport. La RDC est un pays des commissions où chacun s’arrange pour trouver sa part du gâteau et à son niveau.
Les sociétés étatiques qui jouissent du monopole du marché ne s’empêchent pas aussi d’amasser les miettes qui constituent le trésor des modestes citoyens ! La SNEL vous exige d’acheter une cabine (votre cabine), vous demande de payer vos propres câbles et la main d’œuvre pour vous monter la cabine, alors qu’elle vous fera payer en plus l’abonnement, et à un prix non-discutable, et des factures forfaitaires. Chose drôle, régulièrement, quand il y aura panne à la cabine, elle vous obligera de vous cotiser pour dépanner votre cabine, pendant qu’elle a instauré un principe selon lequel, « quand son courant passe par vos installations, celles-ci lui reviennent de droit automatiquement » !
Dans ce pays, il est un secret de Polichinelle que l’Etat constitue le principal frein à la progression économique de ses citoyens. Pour le sentir, il suffit d’entreprendre d’ouvrir une petite activité génératrice de revenus. Vous vous verrez étrangler par la multitude des services étatiques réclamant chacun sa part, et au nom de l’Etat. Drôle, un citoyen, détenteur d’une petite boutique, se voit demander de payer la taxe sur industrie !
Même la crème intellectuelle est affectée par ce fléau mortel ! Dans des institutions supérieures et universitaires, on vous oblige de payer les frais de collation même si vous n’êtes pas concerné par celle-ci. Vous êtes à la deuxième session, mais vous devez quand-même payer. En plus, il ne vous est pas permis de poser une quelconque question, quant à ce. Ceci insinue que le changement dont le congolais fait l’éternel rêve n’est pas de l’intégration de ses intellectuels. Les valeurs morales comptent plus que les symboliques diplômes dont sont détenteurs plusieurs impudiques spirituels d’intellectuels !
John Achiza






