Cathédrale Notre Dame de la Paix de Bukavu. Ph. Tiers
Dimanche 31 décembre 2017, le comité Laïc de coordination avait appelé à une marche de tous les laïcs catholiques de la RDC pour exiger l’application effective et intégrale de l’accord de la Saint Sylvestre signé par les leaders politiques et de la société civile sous la médiation des Évêques de la CENCO en décembre 2016
Au Sud Kivu, les partis politiques de l’opposition, UNC, le Rassemblement, MLC, les mouvements citoyens, le bureau de coordination de la société civile, la Nouvelle Dynamique de la société civile ont tous, presque à l’unanimité bien qu’à temps différent relayé le message de soutien à la marche.
Le principal organisateur de la marche, le comité laïc de coordination est resté calme dans le diocèse de Bukavu jusque tard la nuit de samedi. C’est seulement après 20 heures qu’un communiqué signé par Pierre Safari Président diocésain et Provincial du CALCC dément l’organisation d’une quelconque marche par son organisation.
Ce sont d’abord et avant tout le monde les communicateurs de la Majorité Présidentielle qui lancent le document sur les réseaux sociaux cette nuit avant que certains médias n’en diffusent le matin, jour de la marche.
Arrive alors le dimanche…
Entre temps, la NDSCI avait écrit au Maire de Bukavu pour l’informer de l’organisation de la marche. Yogolelo a réservé une fin de non-recevoir au motif “des instructions permanentes et de la situation sécuritaire “. Le maire, qui n’a pas l’habitude d’organiser des conférences de presse, surtout pas le week-end, convoque la presse dans la matinée.
Le dimanche, Bukavu s’est réveillée quadrillée par les forces de sécurité Particulièrement les entrées de la Cathédrale de Bukavu et les coins dits « chauds »
Toutes les organisations favorables à la marche pacifiques ont appelé leurs membres à participer à la messe qui commence à 10h30.
C’est la 3ème messe, elle commence toujours à 10h30 et se termine d’habitude à 12h30, chantée en latin. Contrairement à cette habitude, la messe a commencé vers 11h, deux chorales sont au rendez-vous. Elle a été dite par Son Excellence Mgr l’archevêque Maroy lui-même accompagné d’une dizaine de prêtres.
Maintenant en la Cathédrale…
Tous les acteurs politiques et sociaux sont au rendez-vous. Ceux de la MP, en tête le Gouverneur Nyamugabo et presque tous les membres de son Gouvernement.
Presque tous les membres de l’opposition et de la Société civile du moins, les figures très connues en province, Me Patient Bashombe de la Société civile, Mme Emina de l’Udps, Amato Bayubasire et Alfred Maisha de l’unc, JC Kijana de la NDSCI pour ne citer que ceux-là. Deux rangs deux groupes “antagonistes” au deux premiers rangs. L’église est pleine et une foule nombreuse à l’extérieur de la cathédrale.
Mgr Maroy commence la messe, dans son homélie, l’Archevêque de Bukavu dit ne pas connaître le CLC, demande aux participants de se repentir et de se mettre à genoux au lieu d’aller à la marche. Il précise qu’il n’est pas Laïc, c’est qui est vrai, mais que le jour qu’il marchera, il appellera ses pairs Prêtres et religieux pour marcher avec lui. Là, s’en suivent les applaudissements dans le coin où est assis le Gouverneur.
C’est la désolation Parmi les chrétiens pro-manifestation pleins en la Cathédrale et dehors qui attendaient les encouragements de leur Père Spirituel pour marcher. Nombreux suivent la retransmission de la messe à la Radio Maria en direct.
Après l’homélie, un petit incident, mineur mais parlant. On aperçoit un opposant sortir de l’église, Monsieur Amato Bayubasire de l’UNC, téléphone à l’oreille jusque dans les arbres qui entourent la Cathédrale. « Il se concerte avec Kinshasa » commente un militant de l’Unc, son parti qui suit la messe depuis l’extérieur. Il sera rejoint par tous les opposants qui quittent l’Eglise momentanément. Une concertation commence et dure à peine 5 minutes. Tous rentrent dans la Cathédrale et la messe continue.
Deuxième incident, cette fois par Monseigneur le Vicaire. Au moment d’échanger le signe de paix, il descend de l’autel pour l’échanger avec les Chrétiens comme d’habitude. Il commence par les membres de la MP dont le Gouverneur jusqu’à la troisième ligne derrière le Gouverneur. Pas de signe du côté de la société civile et opposants tous assis ensemble. Le geste n’est pas apprécié par les autres couches.
“Pourtant c’était le moment de manifester l’unité de chrétiens rassemblés par le geste du Vicaire “ commente un membre de la société civile présent. « Ils ont choisi clairement leur camp » renchérit Un chrétien de l’opposition qui garde l’anonymat.
À la fin de la messe, la parole est accordée aux différents groupes pour un discours de circonstance.
Troisième incident, deux membres de l’opposition se disputent la parole, la Présidente du Rassop au Sud-Kivu et Guizo Mulengezi, le Porte-parole du même Rassop jusqu’à l’autel, finalement c’est Mme Emina qui parle.
La tension est en train de monter depuis l’homélie. Certains veulent déjà, à l’extérieur, que leurs leaders de l’opposition sortent de la messe pour entamer la marche, prévue à 12h30, fin ordinaire de la messe, il est déjà 14h. « Mgr l’archevêque ne veut pas voir finir la messe pour que l’on ne marche pas », murmurent déjà des membres des mouvements citoyens à l’extérieur.
La messe est finie…
Après la messe, le Gouverneur quitte précipitamment la Cathédrale avec sa délégation. Mgr l’archevêque Maroy est aussi escorté par les gardes paix sous l’œil de la police, un Prêtre ayant échangé avec le Général de la PNC qui est sur place avant la sortie de Mgr de la cathédrale.
La procession qui a commencé au début de la messe depuis l’extérieur n’a pas eu lieu à la fin. La tension est forte, il ne faut pas exposer Mgr, commente un garde paix de la cathédrale. À la sortie, Monseigneur Maroy est hué par nombreux participants et surtout par des membres des mouvements citoyens amassés dehors.
Les responsables des partis politiques, des mouvements citoyens et ceux de la société civile remobilisent encore leurs troupes. Direction : Essence Major Vangu. Une destination qu’ils n’ont pas atteint car la police était bien présente sur leur passage. La marche a tout de suite était réprimée à moins de 500 mètres de la cathédrale.






