Marcellin Cishambo « manque » déjà à son Sud-Kivu . – La PrunelleRDC.info

Marcellin

Alors que plusieurs militants du PPRD de l’aile Wazalendo  s’étaient retrouvés devant la résidence du gouverneur de province pour exiger son départ immédiat en octobre 2016 ; Marcellin Cishambo était plutôt calme et se positionnait comme véritable démocrate.

« Je suis au courant qu’il y a un sit-in en ce moment en ma résidence, je suis un démocrate de haut niveau, même vous, vous pouvez venir manifester chez moi »

Imperturbable,  Marcellin Cishambo relativisait « vous qui n’avez pas eu la chance de beaucoup voyager, vous savez à Londres  il y a une place où on va injurier qui on veut toute la journée et puis, on rentre dormir chez soi  content d’avoir injurié ».

Des réponses comme celles-là, Marcellin Cishambo en avaient, de l’humour aussi qui lui l’avait aidé à se faire accepter dans des quartiers populaire de Bukavu.

Même quand sur toute l’étendue de la RDC, les marches étaient interdites et réprimées violemment, celui qui tenait les commandes de la province ordonnait de laisser les gens manifester sans problème mais insistait-il « pourvu qu’ils respectent les droits de ceux qui ne vont pas être dans leur marche ou qui veulent travailler, si ce n’est pas cela, là ce sera un problème».

Cette attitude lui a valu admiration et considération du côté des opposants et des défenseurs des droits de l’homme qui voyaient vraiment en lui un exemple d’une autorité qui comprend que chacun peut s’exprimer en démocratie. Pas seulement de l’admiration mais son attitude lui a créé des ennuis au sein de sa propre famille politique. Beaucoup le voyait comme un allié de l’opposition pointant du doigt sa prétendue proximité avec Vital Kamerhe.

Un autre fait c’est quand des collaborateurs proches du gouverneur du Sud-Kivu allaient dans tous les médias pour l’accuser de ne pas payer leur salaire. Elie Habibu, jusqu’à son départ conseiller en matière économique au gouvernorat était parmi les plus critiques par rapport à la gestion de son boss. Plusieurs proches du gouverneur lui ont conseillé de me virer ou de me mettre en prison et il leur a répondu : « est-ce que ce que Elie réclame n’est pas son droit ?est ce qu’il n’a pas des mois impayés, et pourquoi il ne devrait pas réclamer ? » interrogeait Marcellin Cishambo son collaborateur comme le témoignait alors  Elie Habibu dans une émission de débat sur une radio locale.

« Chacun a ses faiblesses, mais la force de Cishambo c’était la compréhension mais aussi la reconnaissance de la liberté des autres », témoigne un acteur de l’opposition ; Et de poursuivre « comptez combien d’opposants ou activistes des droits de l’homme ont été arrêtés sous ses 7 ans à la tête de la province par rapport au Nord-Kivu et à d’autres provinces du pays et vous comprendrez que c’est vrai, cette qualité de démocrate, il l’avait »

Un responsable d’un média à Bukavu, lui, dit avoir beaucoup apprécié Marcellin Cishambo dans la liberté d’informer dont ont jouit les médias de Bukavu à  quand il gouvernait la province

« Lui, quand il n’était pas satisfait d’une information sur vos ondes, il composait votre numéro et vous appelez pour « vous insultez » à son tour et puis c’était tout, on reprenait les relations sans menaces contre un quelconque média …pour lui, c’était du cash et puis c’est tout »  témoigne ce responsable d’une radio de Bukavu.

Des problèmes dans sa famille politique

Cette gestion des administrés par Marcellin Cishambo a sérieusement ébranlé ses relations avec des faucons de la majorité présidentielle.

Alors qu’on parlait des violations graves des droits de l’homme et des sanctions contre certaines personnalités et dirigeants du pays notamment dans son propre parti politique le PPRD, Cishambo, lui n’avait pas des  grands soucis à se faire et ça suscitait jalousie et suspicion dans sa famille politque. « Cela a été le nœud du problème ces deux dernières années », pense un cadre de la MP.

Autre problème : Il dirigeait avec tout le monde .Des figures emblématiques de la société civile, des personnalités politiques et sociales très critiques du pouvoir en place conjuguaient avec lui. Il l’a juste compris dès le début de son mandat à la tête du Sud-Kivu, en 2009 s’attirant la foudre de certains cadres de son parti au Sud-Kivu qui se sont désolidarisés de lui en créant l’aile dissidente Wazalendo au sein du PPRD. Objectif primordial : dénoncer les dérives dans la gestion de Marcellin Cishambo mais en réalité pas content d’avoir été exclu de la gestion de la province par leur camarade. Mais on sait aussi que c’est avec la bénédiction de certains notables du Sud-Kivu et cadre de la majorité qui veulent régler des comptes à Marcellin Cishambo qui se comportait, selon eux en « président du Sud-Kivu ».

« Marcellin Cishambo ne supportait pas des injonctions de n’importe qui sur n’importe quoi et il voulait diriger dans un consensus avec ses administrés mais pas avec ceux qui lui mettaient des bâtons dans les roues à Kinshasa »,  nous confie un de ses collaborateurs.

En effet, dans les dernières heures de sa gestion, celui qu’il convient d’appeler aujourd’hui ancien gouverneur du Sud-Kivu a connu même le blocage par « Kinshasa »des fonds de la rétrocession et d’autres fonds qui devaient aider au fonctionnement des institutions de la province. Une situation qui a compliqué ses derniers beaux jours. « Kinshasa, lui a même induit en erreur en lui faisant signer de l’argent dans des banques ici qu’ils n’ont jamais remboursé pour compliquer les choses » se plaint un autre collaborateur.

Des cadres Wazalendo comme Bernard Zagabe dénonçait continuellement « un gouverneur de l’opposition et qui salit l’image du chef de l’Etat en province ».

Certes que le bilan de Marcellin Cishambo n’est pas très différent de celui au niveau national en RDC mais une seule certitude qui trouve une quasi-unanimité : Marcellin Cishambo était un démocrate.

C’est aujourd’hui que les organisations de la société civile du Sud-Kivu et les opposants comprennent sa force dans ce sens alors que la répression des manifestations a repris dans le pays et la province en particulier. Autres temps, autres mœurs dit-on. Marcellin Cishambo est parti avec sa démocratie ou mieux sa méthode  et on attend quelqu’un d’autre venir avec surement sa consigne surtout en cette période où le pouvoir en place met sur pied « une équipe de combat » pour traverser  2017.

Là, Marcellin Cishambo manquera cruellement à son Sud-Kivu natal.

Honneur-David Safari

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