
Ce lundi 4 septembre est le jour de la rentrée des classes sur toute l’étendue de la République Démocratique du Congo. A Bukavu comme dans d’autres grandes villes du pays, le message officiel n’était qu’un seul : celui demandant aux parents d’envoyer les enfants à l’école ; point de vue que n’ont cependant pas partagé les divers syndicats des enseignants, ceux-ci s’opposant à un quelconque début des cours tant que leurs revendications ne seront pas pris en compte.
Dans leur cahier de charge régulier, les enseignants ont toujours réclamé la revalorisation de leur enveloppe salariale, le paiement de salaires à leurs collègues non budgétisés (appelés N.P.) et la mécanisation de milliers d’entre eux qui ont déjà presté pendant plusieurs années, voir des décennies, sans être reconnus par l’Etat. Pour cette année, un élément s’est ajouté à cette liste, l’adaptation de la paie de leur maigre salaire au taux du moment.
Pour cette rentrée, comme à pour d’autres précédentes, la réalité s’observant sur le terrain est diamétralement opposée au mot d’ordre des syndicats des enseignants. Il s’est constaté dans la matinée de ce lundi, une totale mobilisation dans nombreuses « grandes » écoles de la ville de Bukavu. Le personnel enseignant comme les élèves, tout le monde est au rendez-vous ; ce qui suscite des interrogations autour de ce que représente cette minable récompense de l’Etat aux yeux de ses bénéficiaires !
Si cette violation de consignes s’est à nouveau manifestée, seuls les observateurs non avertis en ont été surpris. En évaluant ce que les enseignants gagnent grâce à la prime payée quotidiennement par les parents par rapport au salaire donné par l’Etat, il y a lieu de se dire qu’à rien ne sert de décevoir le mieux offrant (parent) pour s’attaquer à l’Etat dont la cagnotte n’est que de considération de second plan.
En réalité, la prime a tellement grossie que les enseignants semblent être, aujourd’hui, prêts à foutre la paix à l’Etat avec son maigre salaire, scenario qui ne changerait pas grand-chose dans leur vécu quotidien étant donné que dans beaucoup d’école, la prime rapporte plus du triple, voir le quadruple, du salaire perçu de l’Etat. Ceci dit que cette mesure de pression, longtemps voulue par les syndicalistes, ne tiendra que quand les parents en auront assez de payer la prime ; quand ils refuseront d’en prendre la responsabilité et décideront mettre fin à ce fléau dont ils se plaignent souvent sans entreprendre de s’en débarrasser. Une telle décision paraît lourde aux yeux des parents, craignant que leurs enfants ne perdent une année scolaire toute entière.
La contradiction s’observe parfois dans le chef des syndicalistes, certains militant pour la fin de la prime, d’autres estimant que « ça ne vaut pas la peine de sacrifier la formation des enfants ».
Un autre acteur et pas le moindre contribue à la perpétuation de ce mal, il s’agit des confessions religieuses. D’autant plus que les écoles dites conventionnées peuvent être au-delà de 70% dans le pays. Nul n’ignore le rôle qu’a joué l’église dans l’instauration de ce système qui, à l’époque, avait permis la survie de l’enseignement au pays. Cette même structure doit, en principe, s’impliquer pour y mettre un terme et remettre les institutions étatiques devant leur obligation. Mais, le clergé, est-il prêt à jouer ce rôle actuellement alors que, selon certains analystes, il a aussi sa part de cette servitude injustement imposée aux parents ? En tout cas, tel n’est pas encore le cas. Ce comportement semble donner raison à ceux qui accusent les pasteurs et les prêtres de tirer profit de cette situation en s’enrichissant déloyalement sur le dos de leurs fidèles qu’ils sont pourtant censés défendre et protéger. Prêtres et pasteurs riches appauvrissent les fidèles, déjà appauvris par la situation de précarité qu’ils traversent au pays.
Si certains parents parviennent de scolariser leurs enfants, bien qu’avec beaucoup de douleurs, d’autres milliers d’enfants sont rejetés à leur triste sort ; leurs parents n’ayant pas de moyens pour les faire étudier. Ceci implique la prolifération du système Maibobo dans plusieurs coins de la ville de Bukavu, source de l’insécurité et de la délinquance juvénile décriées tous les jours. Le pire reste à craindre d’ailleurs.
De toute évidence, les parents sont impuissamment assujettis par le paiement de la prime alors que le coût de la vie ne cesse de prendre de l’élan et la crise économique ruine la population congolaise au plus haut point. Mais, sans la prise de conscience de la même population, cette situation est loin de toucher à sa fin.
John Achiza






