La commission Diocésaine Justice et Paix (CDJP) de Bukavu a sollicité l’accompagnement des évêques catholiques membres de l’Assemblée Épiscopale Provinciale de Bukavu dans le plaidoyer en faveur des habitants affectés par les activités minières et particulièrement les délocalisés de Cinjira dans la chefferie de Luhwindja en territoire de Mwenga.
Une demande faite ce jeudi 30 mai alors que les évêques d’Uvira, Kindu, Goma, Kasongo et Bukavu sont réunis dans la ville de Bukavu.
Pour la Commission Diocésaine Justice et Paix de Bukavu, les évêques doivent trouver des stratégies pour que les richesses minières profitent aux populations locales affectées surtout par l’activité minière industrielle.
C’est d’ailleurs que ce service technique de l’archidiocèse de Bukavu a profité pour parler de ses réalisations dans le domaine de plaidoyer en faveur des délocalisés de Cinjira et les résultats obtenus au cours des différentes démarches. C’est notamment une table ronde avec les parties prenantes dans ce dossier.
Une action faite par le Département de Bonne Gouvernance de la Commission Diocésaine Justice et Paix (CDJP) qui s’intéresse aussi aux questions des ressources naturelles.
Au cours de la présentation devant les évêques, la CDJP a fait observer qu’en analysant la situation qui prévaut dans la chefferie de Luhwindja au Sud-Kivu où opère l’entreprise Twangiza Mining, filiale de BANRO par exemple, on se rend compte que les droits des communautés ont été sciemment bafoués, ignorés et niés.
Pour elle, on note la dégradation des conditions de vie des paysans déplacés à cause notamment du mauvais choix des sites de réinstallation, la mauvaise qualité de logement, l’inaccessibilité aux services sociaux de base, l’absence d’activités de restauration des moyens de subsistance dont l’accès aux terres arables pour les activités agro-pastorales.
L’équipe de la CDJP a fait observer que la table ronde organisée par la CDJP Bukavu a eu cette heureuse originalité d’associer les représentants directs de BANRO et de Twangiza Mining, le chef de chefferie de Luhwindja, les acteurs de la société civile, les représentants des communautés affectées par la délocalisation, les délégués des différents ministères qui s’occupent de ces matières et surtout le Parlement Provincial dont la délégation était conduite par le vice-président.
Il a été révélé aux évêques que par rapport à l’octroi des terres arabes, la chefferie reconnait qu’elle doit donner des terres arables à condition que l’entreprise régularise la procédure coutumière en la matière, que la chefferie de Luhwindja a annoncé à toutes les parties prenantes qu’elle reçoit désormais la quotité de 15% sur la Redevance Minière payée par Twangiza Mining et que l’entreprise s’est engagée à se conformer instamment aux prescrits du nouveau code minier.
Des propositions qui méritent accompagnement des évêques
De cette table ronde plusieurs propositions ont été données par les parties prenantes pour une amélioration des conditions de vie des populations affectées par cette activité minière.
A l’attention de l’entreprise Banro/Twangiza, il été recommandé d’asphalter la route principale Butuza – Nyangezi par BANRO dans 12 mois; de réhabiliter les routes inter groupements par BANRO et la chefferie de Luhwindja dans 12 mois ; de capter et desservir les six groupements de la chefferie de Luhwindja en eau dans 12 mois ; promouvoir les études polytechniques à Luhwindja en collaboration avec la chefferie de Luhwindja dans 12 mois ; construire les écoles multisectorielles et des universités polytechniques respectant les normes nationales et internationales dans 12 mois ;construire le barrage hydroélectrique sur la rivière Lulimbohwe par Banro et la chefferie dans 12 mois ; reconstruire et agrandir les maisons à Cinjira en référence au standard international et actualiser les barèmes de compensations devant être justes et équitables ; délocaliser instamment les communautés de Katambwe, Civira et Cibanda I. Que l’entreprise soit diligente quant à cette question, etc.
Avec la Chefferie de Luhwindja, les représentants des communautés locales, ont recommandé d’évaluer le protocole d’accord signé avec la Chefferie dans 6 mois, harmoniser avec Twangiza Mining sur la disponibilisation des terres de remplacement en faveur des communautés déplacées (Cinjira, Bugumia et Civira), encourager la mise en place du Comité Local de Développement, le Comité Local de Suivi et le Comité de Réinstallation en collaboration avec l’entreprise Twangiza Mining, les communautés et les autres parties prenantes selon les dispositions du code et règlement miniers ; s’assurer que la représentativité des communautés dans le Comité Local de Développement, le Comité Local de Suivi et le Comité de Réinstallation est effective ; inscrire l’équipement du Centre de Santé et la construction d’une école secondaire à Cinjira comme besoins prioritaires des communautés dans le cadre de la négociation et la signature du cahier des charges avec l’entreprise Twangiza Mining. Ou encore mettre sur pied une Commission d’évaluation des impacts de la délocalisation des populations de Luciga à Cinjira.
«La CDJP continuera à travailler sans relâche dans la promotion et la défense des droits humains et s’engage à accompagner tout plaidoyer qui peut améliorer le quotidien de nos compatriotes vivants à Luhwindja. Il n’est pas normale ni même acceptable et tolérable que nos richesses enrichissent d’autres ou construisent des métropoles sous d’autres cieux alors que nous croupissons dans une misère coupable » averti la CDJP devant les évêques.
Présent à cette rencontre, Monseigneur Sebastien Muyengo, évêque d’Uvira et président de la Conférence Episcopale des Ressources Naturelles (CERN) de la Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO) appelle à la « responsabilité et à la solidarité » des opérateurs miniers.
«C’est un appel à la responsabilité et la solidarité. Ça ne me fait pleurer mais ça fait prendre conscience de l’irresponsabilité. On ne va pas détruire le monde à cause des richesses. Le drame c’est quand les pauvres ne profitent pas de leurs ressources naturelles et c’était ça le message du pape. Vous avez vu des maisons, des villages où on a déplacé des populations sans aucune compensation, sans aucun procès-verbal. Et toutes ces richesses profitent à qui? Que font des taxes qu’on paie là-bas alors qu’il n’y a pas des routes ? Ce n’est pas normal, c’est injuste. Les deux grandes victimes de cette situation sont les pauvres et l’environnement » se désole Monseigneur Muyengo.
Une position partagée par les évêques de Beni-Butembo, Kasongo, Goma, et Bukavu présents dans la rencontre.
Pour la Commission Diocésaine Justice et Paix de Bukavu, les plaidoyers se poursuivent jusqu’à ce les populations affectées par les activités minières soient remises dans leurs droits.






