Katintima, probable médiateur d’un dialogue au Sud-Kivu? Pour Judith Maroy (LUCHA), il est plutôt «une partie prenante» (Interview) – La PrunelleRDC.info

Judith Maroy, militante de la LUCHA dans une conférence à Bruxelles.

Au Sud-Kivu, c’est le tollé après l’annonce d’une probable médiation de Norbert Basengezi Katintima dans le dossier du conflit armé impliquant des groupes des différentes communautés dans les territoires de Fizi, Uvira et Mwenga. Plusieurs acteurs de la Société Civile locale ne voient pas d’un bon œil que ce soit l’ancien Gouverneur sous le Rassemblement Congolais pour la Démocratie qui prenne le lead dans la quête d’une réconciliation dans ces entités. Si beaucoup dans son actuel parti le PPRD estiment qu’il est l’homme de la situation, d’autres comme Judith Maroy, activiste du mouvement citoyen Lutte pour le Changement (LUCHA) à Bukavu    n’est pas de cet avis. Dans cette interview exclusive accordée à Laprunellerdc.info, elle pense que  le passé de Norbert Basengezi Katintima fait de lui une « partie prenante » au dialogue et non médiateur. (Interview) 

«Il peut faire partie des parties prenantes au dialogue et jamais comme médiateur »

Laprunellerdc.info: Depuis l’annonce d’un énième dialogue sur la situation sécuritaire dans les Hauts Plateaux de Fizi, Uvira et Mwenga avec Norbert Katintima comme probable médiateur, vous êtes montée au créneau pour dénoncer. On peut savoir votre motivation ?

Judith Maroy: Comme nous l’avons dit, Katintima n’est pas la personne indiquée. Nous avons des très mauvais souvenirs de lui. Chaque fois qu’il a été dans une affaire, cela a coûté la vie à des milliers de congolais. Nous avons rappelé les massacres de Kasika où les femmes étaient enterrées vivantes sous son règne. Il a donc activement participé dans une rébellion, la plus meurtrière que nous n’avons jamais connue, laquelle a emporté des milliers des congolais. Il a été à la base des conflits fonciers dans la ville de Bukavu, cette ville n’a plus rien d’Urbain à cause de lui. Il a été à la Ceni, vous avez vous même vu ce que cette institution nous a produit et où nous en sommes jusqu’aujourd’hui à cause des innombrables irrégularités qu’ont connues ces élections, des nominations à la place de la vraie volonté du peuple et cela à tous les niveaux…..et beaucoup d’autres dossiers dont le plus récent est Mbobero. Et donc  pour nous, une personne comme ça ne peut en aucun cas être celle qui peut faire la médiation dans un conflit qui a aussi comme cause des multiples rébellions auxquelles lui, a, pris activement part.

Laprunellerdc.info : Ne pensez-vous pas que l’ancien Vice-Président de la CENI et ancien d’un mouvement politico-militaire a finalement de l’expérience pour mener à bon port la mission ?

Judith Maroy: Je ne peux pas le dire, on l’a jamais d’ailleurs vu où il a un jour fait la médiation. Il a peut-être l’expérience dans la manipulation de ces groupes armés et pour ça il peut faire partie des partie prenantes au dialogue et jamais comme médiateur

«Il n’y aura jamais cette paix avant la justice »

Laprunellerdc.info : Votre refus de voir Norbert Katintima, n’est-il pas basé que sur des soupçons ou des préjugés ?

Judith Maroy: Soupçon où préjugé ? Je ne le pense pas. N’est-ce pas qu’il fut Gouverneur pour le compte d’un mouvement politico-militaire quand les femmes furent enterrées à Kasika? A ce temps, nous fûmes et nous voyions donc, et il y a même le rapport qui est là et on veut avant toute chose que justice soit faite et réparation aussi.

Laprunellerdc.info : Finalement est-ce que ce n’est pas le moment de laisser la paix arriver en acceptant que les uns et les autres s’impliquent pour la fin des hostilités dans la région ?

Judith Maroy : La paix oui, on la veut tous. Mais il n’y aura jamais cette paix avant la justice. Combien de fois a-t-on dialogué mais on revient à la case de départ car on ne crève jamais l’abcès. Et puis comment les anciens belligérants veulent se faire passer pour des médiateurs ? On ne peut admettre cela.

«Le dialogue ne peut venir qu’après avoir fait fléchir toutes ces forces négatives »

Laprunellerdc.info : Quelle est votre position sur la question des dialogues en général dans cette partie du Sud-Kivu et les derniers revirements notés ?

Judith Maroy : En tout cas pour nous, c’est un dialogue de trop. Le plus important maintenant c’est que l’État doit s’imposer. Ou l’État existe ou il n’existe pas! Des groupes des personnes ne peuvent pas être en train de faire la loi dans un pays. Malheureusement j’ai comme l’impression que même ceux qui ont dit ne plus être pour un autre dialogue font les enchères. Ce n’est pas normal que des gens disent  qu’ils veulent que l’État impose la paix mais récusent les FARDC qui pourtant ont démontré leur capacité dans l’éradication de tous ces groupes armés, même avec des moyens insuffisants.

Laprunellerdc.info: vos propositions pour sortir de la crise ?

Judith Maroy: Que des opérations militaires sérieuses soient menées par les FARDC dans ce coin. Que tous les groupes armés soient traqués et que l’autorité de l’État doit restaurée. Ensuite que tous les auteurs soient déférés devant la justice et qu’ils répondent de leurs actes pour servir des leçons les autres rebelles. Le dialogue ne peut venir qu’après avoir fait fléchir toutes ces forces négatives. Et donc, aller à un dialogue aujourd’hui, où les gens veulent que continuellement ce soient leurs milices qui les protègent, gardent leurs champs et leurs vaches pendant qu’on a toute l’armée et la police à qui les lois du pays ont conférée cette tâche. Et si dialogue y aurait un jour, la société civile a des professeurs, des personnalités crédibles en gestion pacifique des conflits auprès de qui on peut facilement recourir et trouver solution.

«Nous n’avons que le Congo comme pays…vigilance»

Laprunellerdc.info: vous avez un appel à l’égard de tous les congolais et/ou hommes politiques. Que fait votre mouvement dans pareille circonstance ?

Judith Maroy: Il y a donc de quoi se poser la question sur ce que les politiciens congolais pensent réellement de ce pays, la vision qu’ils ont de ce pays continent, alléchant et qui nous attire tous les ennuis et bienfaits. Vous le voyez, au même moment que l’on veut traquer les ADF à Beni, on nous ramène la question des anciens rebelles M23. visiblement, il y a un plan dont on ignore encore jusque-là mais pas salutaire ni bénéfique pour le peuple congolais. Voilà qu’enfin les mouvements citoyens, principalement la Lucha, s’investissent dans la question de la sécurité et à l’Est  et dénonce tout complot qui est entré d’être monté dans les officines contre le Congo. Ce Congo que nous voulons et rêvons pour lequel sommes prêts à tout est un Congo uni, un et indivisible, un Congo prospère où règne la paix justice sociale et la dignité humaine. Nous en appelons tous les peuples congolais et la jeunesse en particulier à la vigilance pour barrer la route à cette nouvelle machination contre le peuple qui est en train d’être montée je ne sais où. Nous n’avons que le Congo comme pays, la paix pour le Kivu passe par la justice comme condition sinequanone et non par un éternel recommencement des pseudo-dialogues.

Propos recueillis par Thomas Uzima

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