Certains acteurs de la société civile, au Sud-Kivu, décrient la qualité du discours du chef de l’État de ce jeudi 19 juillet 2018. Tant dans la forme que dans le fond, cette adresse de routine suscite d’énormes controverses au sein des forces vives, actives dans la ville de Bukavu, et est loin de rassurer. N’ayant pas choisi d’éclairer la lanterne sur son avenir politique, le chef de l’État a tout au contraire allumer, à son dessus, une vague de critiques.
Si pour Bernard Zagabe [que nous avons joint ce jeudi 19 juillet], le président a été clair bien qu’ayant été évasif sur la question relative à son avenir politique, il n’en est pas le cas pour Robert Njangala, moins encore pour Robert Buhendwa, tous les deux acteurs de la société civile et partisans de la Transition Sans Kabila.
«La population attendait de lui un seul message, c’est le message où il devait dire qu’il ne va plus représenter, mais il a manqué encore une fois, l’occasion de se taire », a lancé Robert Njangala, estimant que l’heure n’était pas au bilan du quinquennat de règne mais plutôt à la clarification de sa destinée.
Suivant sa propre lecture des signes des temps, Robert Njangala perçoit mal les différentes réformes récemment initiées par Joseph Kabila au sommet de l’armée. Il en déduit un comportement d’une « ceinture militaire » autour du président pour sa protection. Si Me Njangala élucide la volonté manifeste de s’accrocher u pouvoir, dans le chef du natif de Hewa Bora, il pense cependant que « c’est à la population de prendre en charge, et de chasser Kabila, mais de lui-même, il ne veut pas partir », a renchéri Robert Njangala niant à Joseph Kabila le mérite d’avoir un jour respecté la constitution.
Par ailleurs, monsieur Roger Buhendwa établit un rapport entre le discours du président en exercice, à celui de son homonyme, Joseph Mobutu, au terme du parti unique.
Linguiste de formation Roger Buhendwa ne s’est jamais remis des failles relevées dans cette communication, et il charge la responsabilité au cabinet du président. Faisant allusion à l’allocution introductive du président de la République, cet activiste des droits humains, n’appréhende pas de bonne augure la corrélation Joseph Kabila avec son homonyme, Joseph Mobutu.
« Au lieu de se comparer à son père, qui est parti comme un héros, il se compare au président Mobutu. Je trouve mal comment quelqu’un qui a fait la hauteur, peut descendre si bas pour trouver comme référence, le feu président Mobutu », a regretté monsieur Buhendwa
Cette « platitude » n’ayant rien de moins grave que la communication de Joseph Mobutu [dont plusieurs congolais ont du mal à honorer la mémoire], pour monsieur Buhendwa. Définissant la passion comme une émotion puissante, ce citoyen insinue que « le président verse, comme le président Mobutu, dans les émotions », a-t-il dit avant de poursuivre « On ne gère pas un pays avec la passion ; on gère un pays avec un agenda, avec des textes, avec des instruments normatifs nationaux, régionaux, et même internationaux…».
S’attendant aux garanties sur le décaissement des fonds alloués à la CENI, et une position claire par rapport aux décisions souveraines de la CENI, et bien évidemment au sujet d son avenir, la soif de monsieur Buhendwa n’a pas trouvé un étanchement vigoureux.
Face à cette attitude non rassurante de Joseph Kabila, monsieur Roger Buhendwa ne spécule pas. « Il n’a jamais rassuré le peuple ; il ne le rassurera pas » a-t-il affirmé, renchérissant que « le peuple doit se prendre en charge ».
« On ne peut pas aller aux élections si l’on est tenu dans le gel du pouvoir qui refuse de vous donner votre liberté » a énergiquement clamé Buhendwa, interpellant le peuple congolais à l’auto-prise en charge en refusant les élections truquées.
Pour monsieur Roger Buhendwa cet engagement consiste à « passer par une troisième voie, qui serait une voie d’une transition propre [… ] et qui ferait le lit pour des élections démocratiques », a-t-il chuté.
La situation sociopolitique actuelle prêtant à un tas d’incertitudes, le discours du président Joseph Kabila n’a pas du tout apaisé les esprits des uns et des autres. N’ayant répondu à la question la plus pertinente, celle relative à son avenir politique, Joseph Kabila n’a fait que s’attirer d’amples jugements.
Au poste depuis 2001, à la suite de la mort de son père, Joseph Kabila n’a pas pu organiser les élections, faisant place à son successeur, car ayant épuisé la totalité de ses mandats constitutionnels en décembre 2016. A cet effet, une frange de la société civile, et des mouvements citoyens, soutiennent que président de la république ne devrait plus jouir d’aucun crédit de confiance, et préconisent donc la mise en place de la Transition Sans Kabila, en perspective des élections crédibles et transparentes.
Vave Ruhurumba Nelson
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