Antipas Mbusa Nyamwisi, président du RCD-KML et parmi les premiers leaders de la Coalition Lamuka avant de prendre congé de la coalition. Ph. Tiers
Antipas Mbusa Nyamwisi est candidat « au retour au pays pour une vie normale, sans être tracassé comme on l’est parfois. C’est à peine que je viens d’avoir mon passeport. Je ne l’avais pas. Parfois on subit d’autres types de menace dont on ne peut pas parler ».
Invité du Magazine FACE-À-FACE sur TOP CONGO FM, ce dimanche 22 septembre, l’ancien chef de guerre estime que « je ne peux pas devenir fou et commencer à tuer les miens. Je les ai gérés depuis longtemps. Les massacres qui arrivent aujourd’hui, c’est après moi ».
Farouche opposant au pouvoir de l’ancien Président Joseph Kabila, « en octobre 2014, j’ai dénoncé des choses. J’ai dit que ce qui se passe est extrêmement grave. J’ai cité des noms. Personne n’a démenti. Des rapports, les plus crédibles, indiquent qu’il y a des choses qui ne tournent pas au sein de notre propre appareil mais il y a aussi des complicités externes. Une sorte d’osmose qui se ligue contre le Congo. Cela doit cesser ».
Travailler pour la fin des hostilités et d’Ebola
« Le Président Tshisekedi m’a tendu la main. Je suis de retour. J’avais quelques problèmes avec l’ancien pouvoir de monsieur Kabila. Il y avait des malentendus assez importants », avoue-t-il.
Pour l’instant, « je fais quelque chose en ce qui concerne la sécurité, par exemple. Ma région brûle depuis plus de 5 ans. Je suis né dans la région. J’ai étudié ses questions. J’y ai grandi. Je connais tous les acteurs d’ailleurs, même Mudacumura qui vient d’être tué, j’ai essayé de le convaincre, fin 2007, de quitter la brousse. Les ADF et autres ».
Leader visiblement incontesté, « je comprends mieux que quiconque toutes ces questions. Mais, ce n’est pas à moi d’y mettre fin. Il faut une volonté de l’Etat d’abord et la collaboration de tous les citoyens. Pas seulement les armes. Il faut aussi de la politique ».
Il propose même qu’« on peut assécher la source d’approvisionnement des terroristes. Il y a des responsabilités congolaises qu’il faut assumer et des complicités congolaises ».
En ce qui concerne Ebola, « j’ai donné les preuves. Il y avait une méfiance tellement forte vis-à-vis de la riposte, il y a quelques mois. Et cela menaçait même toute la nation. Ebola pouvait bien aller partout au Congo. La résistance à la riposte a diminué. Je crois que c’est grâce à la contribution réelle que j’ai apportée, même si cela n’a pas fait grand bruit ».
Il estime que « je continue à jouir d’un certain respect dans la région. Les gens ont estimé que mon apport a permis que les gens collaborent. À Mangina, la région où Ebola a commencé, à 45 kilomètres de Beni, on a organisé une réunion avec toutes les élites locales. Plus de 5 mille personnes ont participé dont les agents de la riposte, l’OMS, l’UNICEF et tous ceux qui sont concernés. Ils ont signé un accord. Je crois que cela est une base solide pour la suite ».
Antipas Mbusa Nyamwisi rappelle que « la maladie à virus Ebola est arrivée au moment où le déficit de confiance vis-à-vis des institutions publiques était très fort. Tout n’a pas changé, mais la spirale de la violence a diminué ».
Libre de tout engagement
« Sincèrement, j’étais très interpelé par ce qui se passe à l’Est. J’avais besoin d’être le plus libre possible pour apporter une certaine contribution », relève Mbussa Nyamwisi qui a démissionné, en juin dernier, de Lamuka, Coalition ayant porté la candidature de Martin Fayulu à la présidentielle.
« Ce pays a toujours existé sans Lamuka, CACH et autres, il pourrait exister demain sans tout cela aussi. L’essentiel est que je suis là. Je peux jouer un rôle. Je suis un citoyen congolais. Je connais un certain nombre de choses. Ça fait bientôt 3 décennies que je suis sur la place publique », rappelle-t-il.
Tourner la page de la vérité des urnes
Martin Fayulu se considère toujours comme le président élu et continue à revendiquer sa victoire à travers des manifestations. Mbussa Nyamwisi « a été dans toutes ces choses là et je n’étais pas le moins loquace. Tout a été dit ».
Qu’à cela ne tienne, Félix Tshisekedi est président de la République. « Ce n’est pas maintenant que je vais changer ce qu’il y a. Des personnalités autrement plus compétentes que moi ont déjà pris acte. Ça ne sert à rien de remuer le couteau dans la plaie. Felix Tshisekedi est déjà là. Il m’a même reçu en tant que président de la République ».
Il indique quand-même qu’il faut « tavailler pour que les élections de demain soient les plus crédibles possibles. Il faut qu’il y ait une CENI qui proclame les vrais résultats ».
Antipas Mbussa Nyamwisi n’exclut pas son retour dans dans Lamuka, mais « cela dépend de l’évolution de l’actualité. Je n’ai jamais rompu avec qui que ce soit. J’entretiens de bons rapports avec tous ceux qui sont dans le microcosme politique congolais ».
Dispensable au gouvernement
Annoncé au gouvernement Ilunga Ilukamba, « Je ne suis pas très indispensable pour ça. J’ai déjà été ministre pendant plusieurs années. Je n’en souffre pas particulièrement de ne pas l’être. J’ai une certaine conception des affaires publiques que je dois continuer à faire prévaloir », dit-il après que sa candidature « n’ait pas été retenue. C’est pas grave. Je ne pouvais espérer outre mesure ».
Il a été refusé par les caciques du Front commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila qui « sont congolais. Même si nous avons contesté la manière dont ils ont gardé tout ce qu’ils ont. Peut-être qu’ils ont estimé que je ne suis pas FCC compatible ».






