Ituri : près de 70% du territoire d’Irumu inaccessible aux acteurs humanitaires depuis juin 2021

des enfants déplacés dans un camp à Bunia

Le Bureau de Coordination humanitaire (OCHA) en RDC déplore le fait que la dégradation de la situation humanitaire au sud de la province de l’Ituri, s’accompagne désormais d’un rétrécissement de l’espace humanitaire. Depuis juin 2021, les acteurs humanitaires ont perdu l’accès à près de 70% du territoire d’Irumu.

Dans une note d’information parvenue à Laprunellerdc.info ce mercredi 13 octobre 2021, l’agence onusienne ajoute qu’au lendemain de l’attaque des présumés rebelles ADF le 23 septembre 2021, près d’une dizaine d’organisations ont retiré temporairement leurs personnels de Komanda. Une assistance en nourriture et articles ménagers essentiels, ciblant plus de 45.000 personnes, a donc été suspendue sur l’axe Komanda-Mambasa, et autour de Komanda.

OCHA indique que les récents déplacements ont rendu encore plus complexe la réponse humanitaire, qui éprouvait déjà des difficultés à assister les milliers de personnes précédemment déplacées. Les acteurs humanitaires tentent ainsi d’apporter assistance autant à celles qui sont déplacées depuis la fin septembre, qu’aux vagues antérieures.

«Au lendemain des affrontements du 23 septembre, OCHA a déployé deux antennes mobiles à Komanda et Mambasa. A Mambasa, OCHA a mobilisé 10 partenaires pour faire des évaluations à Mambasa Centre et sur les axes Mambasa-Lolwa et Mambasa-Mayuano. La plupart des partenaires interviennent en envoyant temporairement des équipes à partir de Bunia. Le trafic reste maintenu sur les axes Komanda-Bunia (75km) et Komanda-Mambasa (90 km) vers Kisangani, malgré les attaques de ces derniers jours. Sur l’axe Komanda-Luna, le trafic qui était fortement entravé a légèrement augmenté. Les usagers de la route évoquent entre autres raisons, l’organisation de convois escortés, le déploiement des soldats de l’armée congolaise en nombre sur cet axe, ainsi que le départ de grands opérateurs économiques de la région vers leurs zones d’origine à Beni et Butembo. Ceci aura une incidence majeure sur le prix des denrées alimentaires de base et des produits manufacturés sur les marchés locaux,» craint cette organisation.

Plus de 100.000 personnes déplacées depuis Komanda depuis fin septembre

Située à 75 km au sud de Bunia, la localité de Komanda (Irumu) et les villages environnants (Makayanga et Mangiva en Chefferie de Basili), font l’objet d’attaques de présumés ADF depuis le 23 septembre.

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Selon OCHA, cette zone, qui est un carrefour commercial situé à l’intersection des provinces de l’Ituri, du Nord- Kivu et de la Tshopo, accueille, depuis 2020, 40.000 personnes déplacés.

«Ces derniers proviennent de l’axe Komanda – Luna, de Nyankunde et Marabo. Selon les sources locales, une dizaine de civils ont été tués au cours de trois attaques successives qui se sont déroulées les 23 et 24 septembre et le 1er octobre. Le bilan matériel fait état d’incendies et de pillages de maisons, de commerces et d’autres biens privés. Les autorités locales et la société civile estiment que près de 100 000 personnes ont fui Komanda et ses environs depuis le 23 septembre. Parmi elles, au moins 95% des 60.000 habitants de Komanda, Makayanga et Mangiva et les 40 000 personnes qui y avaient trouvé refuge en 2020 et qui ont dû fuir une nouvelle fois,» renseigne OCHA dans son rapport.

Le Bureau de Coordination humanitaire affirme que les mouvements de populations continuent à être observés de la zone de santé de Komanda, vers d’autres zones encore stables. Ces déplacements ont été principalement signalés sur les axes Komanda-Irumu centre-Nyankunde-Marabo-Bunia (Axe Nord Komanda), Komanda-Mungamba-Lolwa-Mambasa-Biakato (Axe Ouest), et les Aires de santé de Bukiringi et Aveba dans la zone de santé de Gety.

Soins de santé, nourriture, eau et abris parmi les besoins urgents

Selon la Coordination humanitaire, la majorité des personnes déplacées sont en familles d’accueil ou dans des églises et des écoles, avec des besoins urgents en eau, nourriture, en abris et articles ménagers. Selon ce rapport, en raison de la promiscuité, le risque de maladies est élevé.

«L’accès aux soins de santé est rendu difficile, du fait que des milliers de personnes déplacées n’ont pas les moyens financiers pour payer les frais de santé et les médicaments, et de la rupture totale de médicaments dans certains centres tels que les centres de santé de Marabo et de Nyakunde dans la zone de santé de Nyakunde,» renseigne l’organisation, qui indique que plusieurs centres de santé ne sont pas en mesure d’appliquer la gratuité des soins.

OCHA indique cependant que des discussions sont en cours avec les autorités sanitaires de Komanda, pour une réorientation des paquets d’assistance médicale des aires santé désertées de leurs habitants, vers celles qui font face à l’afflux de déplacés. Parmi les aires de santé désertées on compte Bei, Komanda, Makayakanga et Mangiva, en zone de santé de Komanda.

Bertin Bulonza

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