Gratuité de l’enseignement : l’Eglise veut-elle ramener la prime?

L’archidiocèse de Bukavu a fait lire dans les messes de ce dimanche 27 octobre, un message intitulé « quelle attitude sur le problème actuel de l’enseignement en République Démocratique du Congo ».

Ce message signé par le vicaire épiscopal et chancelier de l’archidiocèse, abbé Amali Bukunguta Delphin, brosse l’histoire de la prise en charge des enseignants par les parents, instituée sous l’initiative de l’église il y a plus de 20 ans maintenant.

Il se dit être au regret qu’en dépit de tous les efforts fournis par l’archevêque de Bukavu, les méchantes langues l’ont accusé d’être à l’origine du blocage de la gratuité de l’enseignement de base.

Il fait savoir que l’église ne peut en aucun cas bloquer la mesure de la gratuité qui selon lui vient soulager les parents qu’elle a accompagné dans leur combat depuis 2005.

«Déjà en 2005, l’épiscopat de notre pays, compatissant à la souffrance des parents qui se débattent pour la scolarisation de leurs enfants, sans parler des abandons massifs des scolarisés et des humiliations subies par les enseignants a lancé un cri d’alarme pour demander à l’État de reprendre de payer le salaire de ses agents commis à l’enseignement» rappelle-t-il.

Il est à noter  que depuis cette période l’Etat congolais n’avait pas répondu favorablement à cette demande et les parents continuaient à prendre en charge l’enseignement. Au début de l’année scolaire 2019-2020, le nouveau gouvernement, à la demande du président de la République Félix Tshisekedi, décide de supprimer cette prise en charge.

C’est dans ce cadre que les enseignants des écoles catholiques et protestantes ont décidé de déclencher un mouvement de grève afin de demander la hausse de leur salaire et la prise en charge de leurs collègues qui sont non-payés et d’autres des nouvelles unités.

Le vicaire, pour résoudre ce problème vient rappeler la proposition de l’archidiocèse de Bukavu qui était conduite par l’archevêque François-Xavier Maroy Rusengo encore Évêque Auxiliaire aux parents qui part du principe de vase communiquant.

«C’est-à- dire, à chaque fois que l’État augmente le salaire des enseignants, la part donnée sous forme de prime par les parents est revue à la baisse et diminue progressivement  à leur avantage jusqu’ à y mettre fin avec la prise en charge définitive de leur salaire par le pouvoir organisateur », indique le vicaire.

Pourtant depuis 2005, les avancées ont été notées dans le salaire des enseignants. Malheureusement, il s’était observé un résultat contraire, particulièrement au Sud-Kivu. Chaque fois que l’Etat congolais augmentait quelque chose (même très maigre) sur le salaire des enseignants, la prime aussi était en hausse et des frais avec plusieurs dénominations étaient instaurés.

Il faut rappeler qu’en 2011, le président de la République, Joseph Kabila, avait proclamé la gratuité mais qui la réduira aux classes de 1ère, 2ème et 3ème primaire. Ici aussi n’était supprimer que les frais de minerval, de Sonas,… pour une somme ne dépassant pas 2000 franc congolais et la situation était restée tel quelle.

Maintenant que certains enseignants sont en grève, l’archidiocèse appelle à la sensibilisation des parents  pour qu’ils « n’attendent pas tout et immédiatement de l’Etat ».

«Saisir les autorités étatiques pour les encourager à régulariser cette prise en charge, sensibiliser les parents pour qu’ils n’attendent pas tout et immédiatement de  l’État, aller vers les enseignants et les expliquer qu’en dépit de la bonne volonté du gouvernement d’améliorer leur condition de travail, il faut du temps pour que tous soient pris en comptent,…» lit-on dans le communiqué.

A ceci il faut ajouter le message de l’archevêque devant la presse lors de son entretien avec le vice-gouverneur, Malago Kashekere le 27 septembre disant que le gouvernement devrait s’asseoir avec l’église, les enseignent et les parents pour trouver un compromis.

« …Nous nous sommes toujours disponible, nous attendons maintenant que l’Etat nous dise ce que nous faisons, … Nous attendons ce les parents nous disent ce que nous faisons, …Que l’enseignant nous dise ce que nous faisons, et ensemble nous allons le faire », avait-il dit.

Une position largement critiquée

Par contre, une autre inquiétude fondée a été soulevée dans ce document. Il s’agit de conscientiser les parents pour qu’ils comprennent la différence entre Ecole primaire , Education de base et l’Ecole Secondaire.  Là aussi, le Gouverneur a déjà tranché par voie d’arrêté. Un arrêté qui permet aux parents de ne pas dépasser 27 milles francs congolais comme frais scolaires au secondaire. Il lui est demandé par ailleurs de prendre un autre arrêté pour suppléer aux frais donnés par le gouvernement central. 

Certes qu’il y a encore beaucoup de problèmes dans la mise en oeuvre de la gratuité de l’enseignement de base en RDC mais la position des Eglises Catholique Protestantes a toujours été plutôt « floue » depuis le début de l’année scolaire en cours. Beaucoup des détracteurs de l’Eglise estiment que ces Eglises ont été les plus grands bénéficiaires de ce système parce qu’il a permis à plusieurs d’entre eux de « s’enrichir au dos des enseignants et des élèves ». Une accusation récusée par ces les prélats catholiques et protestants qui pensent qu’ils ont sauvé le système éducatif congolais. 

Comment comprendre le langage de l’église ? Que viendraient faire encore les parents dans la question de prise en charge des enseignants quant l’Etat a pris ses responsabilités ?, c’est autant des questions que se posent des habitants de Bukavu qui ont vu dans la gratuité de l’enseignement une mesure salvatrice.  

Pour l’instant, plusieurs analystes craignent que la grève dans le secteur conventionné ne soit un moyen pour contraindre les parents à payer la prime sous une autre forme. D’autres espèrent que l’Etat va surtout se pencher rapidement sur le sort des Enseignants Non Payés (NP) et éventuellement les NU afin de régler définitivement la question. « Mais de grâce, demandez à l’Eglise de ne plus nous ramener à la prime » implore un parent d’élèves dans une école Catholique de Kadutu. 

Jean-Luc M.

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