Des élèves des écoles de Kabare manifestent à Bukavu. Ph. d’illustration, Laprunellerdc.info
«La contribution du FCC à la mise en œuvre responsable et ce, palier par palier de l’exigence constitutionnelle de la gratuité de l’enseignement de base mérite ici également d’être explorer. En effet, le FCC a la lourde tâche de veiller à ce que les intérêts partisans ne soient privilégiés au détriment de tout le système éducatif de nos enfants » disait Néhémie Mwilanya à l’ouverture de la retraite de Kisantu.
Quoique courte, cette phrase du coordonnateur du Front Commun pour le Congo (FCC) expliquerait tout sur l’attitude de plusieurs faucons de la famille politique de Joseph Kabila par rapport à la gratuité de l’enseignement de base en République Démocratique du Congo tel que voulue par l’actuel Président de la République.
En effet, dans plusieurs de leurs sorties médiatiques, des personnalités politiques et pas les moindres avaient préféré attribué cette mesure à l’ancien président Joseph Kabila.“La gratuité de l’enseignement est une question capitale et le président Kabila avait abordé cela. Cette question n’a pas commencé aujourd’hui. Elle était déjà d’application pendant que nous étions au Gouvernement. Mais à la différence d’aujourd’hui, c’était une gratuité mise progressivement. On avait commencé par les provinces de l’intérieur (…) avec le Ministre Maker (Ministre de l’Epsp à l’époque, Ndlr). Elle a été mise en œuvre progressivement pour question des fonds. La mesure a été prise mais avant d’être mise en œuvre, elle devait être évaluée ”, avait dit l’ancien premier ministre Augustin Matata Ponyo.
Quelques jours après, c’était Emmanuel Ramazani Shadary, Secrétaire Permanent du Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD) et candidat malheureux de la présidentielle de décembre 2018 pour le compte du FCC.
Un peu plus polémiste, il affirme que cette gratuité appartient à Joseph Kabila parce que c’est lui qui a promulgué la Constitution dans laquelle elle est inscrite.
“Quand vous écoutez qu’on parle de la gratuité de l’enseignement, sachez que c’est notre programme, le programme de Joseph Kabila. La gratuité de l’enseignement est reconnue dans la constitution. Et la constitution a été promulguée par Joseph Kabila Kabange” a simplement dit Emmanuel Ramazani Shadary dans un meeting dans l’ancienne province du Katanga.
Pour Néhémie Mwilanya, il y a donc une mission de capitalisation des acquis du mandant précèdent en ce domaine comme sur le plan de la gestion de nos ressources minières ainsi que celui de la souveraineté électorale acquise à travers la toute première expérience de financement de nos scrutins électoraux sur fonds propres.
Le FCC pas prêt à encaisser des “Uppercuts politiques”.
Ces différentes sorties médiatiques sur la question de la gratuité de l’enseignement de base témoignent d’un certain embarra venant de plusieurs caciques qui avaient pourtant plus de 10 ans pour se rappeler que la Constitution de la République prévoyait que les enfants congolais doivent étudier gratuitement à l’école de base.
En effet, plusieurs s’interrogent par exemple sur la destination des fonds évoqués par l’ancien premier ministre Augustin Matata pour le premier palier de la gratuité qui devait prendre deux classes du primaire. Depuis, tous les enfants congolais dans les fins fonds de la République avaient continué à payer leurs enseignants. Pourtant, Matata Ponyo avait clamé haut et fort, que sa mise en œuvre était déjà progressive.
« Il n’y a que dans la maison de Matata Mponyo où la gratuité était appliquée même par palier » s’exclamait un internaute.
Pour nombreux, cette insistance à y aller palier par palier veut tout simplement conduire le président actuel à un échec dans ce secteur alors que cette famille politique sent l’enthousiasme avec lequel cette mesure est reçue sur l’ensemble de la République.
Si le FCC affirme avoir la lourde tâche de veiller à ce que les intérêts partisans ne soient privilégiés au détriment de tout le système éducatif de nos enfants, tout saute aux yeux qu’il s’agit d’un calcul politique tendant à démontrer au peuple congolais que son leadership actuel ne peut rien promettre et réaliser comme sous le régime Kabila. C’est là qu’apparaît, selon plusieurs observateurs, le calcul politique de la famille politique de Néhémie Mwilanya qui s’est visiblement projetée vers 2023 et qui utilise tous les moyens pour arriver à ses fins.
Le FCC sachant que cette mesure constitue un grand espoir pour des millions des congolais, tente à coup sûr, de la torpiller et se servira visiblement jusqu’au bout, de ces gestionnaires d’écoles qui voient perdre des millions ponctionnés aux parents depuis des années pour y arriver.
Comme le dirait Shadary, la réalisation de l’ambitieuse volonté de la gratuité de l’enseignement de base en RDC, serait comme donner des véritables « uppercuts politiques” que le FCC n’est pas prêt à encaisser pour l’instant même dans une seule coalition avec le président actuel.
Des problèmes oui, mais ils ne sont pas insurmontables pour parler de palier
La question de la gratuité de l’enseignement de base en RDC n’est pas une mer à boire si la volonté politique est là.
Il faut dire par exemple, que selon le syndicaliste Roger Matabaro, du Syndicat des Enseignants du Congo (Syeco), l’Etat congolais a réussi avec le maigre budget de la dernière année Kabila à terminer la question des Non Payés (NP) dans les écoles Primaires de la RDC. Il explique également qu’avec ce budget, l’Etat congolais est parvenu à ramener le salaire d’un enseignant de l’école primaire de moins de 100 dollars américains à un peu plus de 170 dollars américains.
Matabaro explique que pour des milliers d’écoles primaires de la RDC surtout dans les milieux ruraux qui ne savaient pas avoir 50 dollars à la fin du mois.
Celui-ci pense par ailleurs, que l’Etat, en prenant l’engagement d’intégrer les NU du Primaire et secondaire et les NP du secondaire dans le budget 2020 aura répondu aux réclamations de tous les enseignants de la RDC qui avaient déjà souffert de la prise en charge des enfants par les parents.
Concernant les grandes écoles de la Capitale et d’autres chefs-lieux des provinces qui paient plus leurs enseignants avec les frais exorbitants venant des parents, ce syndicaliste note que ces écoles ne « peuvent pas prendre en otage tout l’enseignement congolais » parce que bénéficiaires du système « prime » depuis des années avec la complicité des coordinations conventionnées catholiques et protestantes.
Roger Matabaro appelle à laisser la charge constitutionnelle de la prise en charge de l’enseignant à l’Etat congolais afin d’arrêter « ce business » qu’est devenu l’école.
« Nous n’avons qu’un seul patron, c’est l’Etat. Nos collègues et tous les autres nostalgiques de la prime doivent comprendre que cela n’a pas aidé notre enseignement. Au contraire, les enfants étaient déjà comme nos clients et ce n’est pas responsable. Certes que le salaire n’est pas suffisant mais avec la pression on va demander l’amélioration à l’employeur comme tous les travailleurs» expliquait-il à Laprunellerdc.info.
En attendant, ces différentes sorties médiatiques ressemblent bien à toutes les positions des Eglises (protestantes et catholiques) sur la question de la gratuité de l’enseignement de base. Des Eglises qui sont restées jusque-là des grands bénéficiaires de la prise en charge des enseignants par les parents. Il suffit de voir la liste des frais que devaient verser les parents et ce qui devaient revenir aux enseignants et aux Coordinations des écoles pour s’en rendre compte. Dans cette même cacophonie, plusieurs écoles avaient été créées à chaque coin de rue parce qu’il fallait “maximiser” les recettes en prétextant aider les parents et le système éducatif congolais qui n’a pas malheureusement reçu cette bonne attention de Néhémie Mwilanya et ses coéquipiers durant des décennies.
Jean-Luc M.






