
Ghislain BARHOLERE(Gb) cadre de santé et défenseur des droits de l’homme revient à ce mouvement de grève qui prive aux malades de jouir de leur droit fondamental qui est le droit à la santé. Laprunellerdc(Lprdc) l’a rencontré ce samedi 2 Septembre et voici cet entretien :
Lprdc: Monsieur Ghislain BARHOLERE vous êtes cadre de santé, vous travaillez dans un grand hôpital de la province de Sud Kivu, que Pensez- vous du mouvement de grève des médecins ?
Gb: Monsieur le journaliste, le mouvement de grève des médecins ne faiblit pas depuis quelques semaines, encore ce lundi 28/août/2017 l’intersyndicale SYNAMED, SYMECO est allé loin en lançant l’appel à une grève sèche et illimitée. Je comprends les revendications des médecins, elles sont fondées, je soutien ce qu’ils font mais du côté de nos malades, les conséquences de cette grève se font déjà sentir, surtout dans nos hôpitaux.Je crains pour notre population qui est déjà vulnérable, surtout face à l’accessibilité des soins. Si ce mouvement de grève se poursuit, cette vulnérabilité va se renforcer et cela va entraîner beaucoup de pertes en vies humaines.
Lprdc: comment vous vous organisez dans votre hôpital en cette période de grève des médecins ?
Gb: Les gens qui travaillent aujourd’hui dans notre hôpital sont majoritairement infirmiers, j’ai été obligé de faire appel à ceux-là qui étaient en repos pour assurer les permanences de soins. Nous travaillons beaucoup et cela dans des conditions très difficiles pour assurer le minimum des soins pour des cas urgents. Je viens d’une réunion tenue par l’OMS et la division provinciale de la santé dans laquelle notre province a été déclarée comme une zone épidémique au choléra. Allez-y donc comprendre le stress dans lequel les malades, les familles de malades et même les infirmiers sont exposés.
Lprdc: Que pensez- vous pour la suite si ce mouvement de grève persiste ?
Gb: Cette nouvelle phase de grève n’inquiète en rien les autorités car pour un petit rhume, ils voyagent pour se faire soigner en Inde, en Europe, ou en Afrique du Sud. Ceux qui sont inquiets sont nos malades (population), ils se sentent victimes et en insécurité. Ils savent que personne ne se soucie de leur sort, chaque jour je discute avec des nombreux malades, ils sont très inquiets et en même temps révoltés qu’ils ne soient pas associés dans des décisions. Certains malades souhaiteraient que les actions soient plutôt orientées vers les intérêts des décideurs(les gens au pouvoir)
Lprdc: Plusieurs grève sont annoncées, ton point de vue ?
Gb: J’ai pris connaissances des revendications des médecins, j’étais très déçu de constater qu’ils ne parlent que d’eux-mêmes, jamais des infirmiers, ni des paramédicaux et encore moins des malades.
Monsieur le journaliste, si tu veux savoir ce que c’est la vraie misère, vas dans les hôpitaux. Le peuple Congolais vit dans la misère la plus extrême. Cela fait 12 ans que suis au chevet des malades, je n’ai jamais vu une telle misère dans ma vie! Prenons l’exemple des femmes qui décident volontairement après accouchement d’abandonner leurs enfants à l’hôpital par crainte de trouver le moyen pour les nourrir et les loger, d’autres familles qui décident de venir vivre à l’hôpital etc. Notre système de santé connaît des problèmes complexes et interconnectés, agir sur un seul élément qui est la majoration ou l’adaptation du taux des dollars du salaire des médecins n’apportera pas de solution. Je suis d’accord que nos salaires soient adaptés mais n’oublions pas les conditions de vies de notre population car c’est dans la communauté que proviennent nos malades. Nous avons le devoir de nous battre pour leur droit et dignité.
C’est aussi tout notre système de santé qui doit être revue, le coût de santé doit être juste et abordable par la population, les infrastructures sanitaires ,la mécanisation des agents de la santé,etc. Donc les problèmes dans les hôpitaux doivent être traités dans la globalité
Lprdc : Ton mot de la fin ?
G.b: Je lance un appel aux autorités de prendre leurs responsabilités en vue d’épargner les vies humaines. Je fais un appel aux médecins à faire un vrai diagnostique du problème en vue d’y adapter un bon traitement et ainsi espérer trouver le résultat de la part des autorités
Les médecins doivent s’associer à d’autres corporations, avec les malades et autres associations pour bien cibler les actions à mener ensemble, dans le cas contraire ils n’auront pas de réponse à leurs revendications. « Aux grands maux, les grands remèdes ».
Propos recueillis par Honneur-David Safari






