État de la nation: Kabila, prépare-t-il la transition sans Kabila ? – La PrunelleRDC.info

Lors de son adresse à la nation de ce jeudi, 19 juillet 2018, le président Joseph Kabila est resté évasif sur la question relative à son avenir politique. De ces propos luisait cependant les teintes d’incertitude sur l’effectivité de la tenue du scrutin général en décembre 2018. Cette situation semble cependant ouvrir une brèche à l’initiative envisageant une période de transition patriotique l’excluant, en vue d’organiser un processus électoral crédible.

Dans cette communication suprême, d‘entrée de jeu introduite par une tranche comique, le chef de l’État n’a pas manqué de taquiner la soif des nombreux congolais qui s’attendaient à un discours d’adieux, de la part de Joseph Kabila.

« Je sais pourquoi il y a une petite tension dans la salle, c’est parce qu’il y a dans la salle les gens qui croient que je vais dire mesdames et messieurs comprenez mon émotion », a lâché Joseph Kabila, faisant allusion au dernier discours du président Joseph Mobutu, avant l’avènement du multipartisme, en 1990.

Bien qu’ayant choisi de dire « plutôt comprenez ma passion pour le Congo », le Raïs ne s’est pas montré du tout rassurant sur le processus électoral, la seule voie par laquelle la véritable passion pour le Congo peut se traduire actuellement. Loin de partager les mêmes préoccupations que le peuple, qui l’attendait se prononcer sur sa probable candidature, le natif de Hewa Bora a choisi de déplacer le déplacer le débat, remettant la tenue des élections à la fin de cette année dans les collimateurs du doute.

Par cette phrase magique, « le cap de troisième consultation électorale reste maintenu en décembre, », l’héritier de Mzee Kabila a remis le cap sur l’improbité du processus électoral en cours. Affranchissant le processus électoral de toute assistance extérieure, le chef de l’Etat aura joué le plus grand jeu pour apprêter la CENI à l’argument du manque des moyens.

« Les élections seront entièrement financées par la RDC, loin de nous l’arrogance mais plutôt pour confirmer notre souveraineté nationale », a annoncé Joseph Kabila, sachant cependant que sans la logistique de la MONUSCO les kits électoraux n’atteindront pas certains coins de l’arrière-pays.

Un autre faux pas, considéré comme une bêtise par une franche politique de l’opposition, c’est ce discours souverainiste adressé visiblement à ceux qui ont autrefois soutenu son ascension à la tête du pays. Des gens qu’il accuse désormais d’avoir enterré la démocratie dans d’autres pays et dans son Congo. Ceux à qui il refuse l’ingérence dans les affaires internes de la RDC. Là encore, l’homme fort de Kinshasa semble oublié l’histoire du Congo depuis la décision de sa création par les puissances étrangères.

Ce discours, que certains jugent de vide, est d’autant plus éloquent qu’il servirait de flambeau à qui a les yeux. N’a-t-il donc pas annoncé, par ce biais, l’inopportunité de son départ, en gardant un silence sec sur la question le concernant, ou celle concernant le choix d’un probable dauphin au sein de sa famille politique !

Étant averti donc, certains acteurs de la société civile préconisaient déjà un plan de sortie de la situation actuelle, passant par une impérative transition patriotique, technocratique, excluant Joseph Kabila dans l’organisation d’un processus électoral crédible, apaisé et démocratique. La pérennité du suspens, découlant de la communication officielle de ce jeudi, devant les deux chambres du parlement réunies en congrès n’a fait, en effet que ravigoter l’impossibilité pour Joseph Kabila d’organiser des élections dont il ne sortira pas gagnant !

La TSK (Transition Sans Kabila), est-ce enfin le seul moyen digne de déboucher sur l’alternance en RDC ? Le lendemain en dira, sûrement plus, et mieux et Joseph Kabila semble, curieusement joué le jeu. Le jeu d’une transition sans lui-même et qui aura toute sa raison d’être après ce jeudi. La branche du CLC au Sud-Kivu l’a rappelé avant son discours:  » “S’il tend vers la violation de la Constitution de la République Démocratique du Congo et les Accords de la Saint Sylvestre, la population ne devrait plus attendre un quelconque mot d’ordre pour activer l’article 64 de la Constitution ».

En attendant, le Rais peut se réjouir d’avoir satisfait l’auditoire constitué en majorité des faucons et sociétaires du Front commun pour le Congo (FCC), mais il aura fâché la majorité du peuple Congolais et peut-être une grande partie des chancelleries occidentales qui attendaient de lui, un discours rassurant. On verra si cela sera sans conséquence!

La Rédaction

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