Élections crédibles en RDC : le docteur Denis Mukwege ne croit pas au miracle – La PrunelleRDC.info

Le professeur Denis Mukwege a réitéré son désaveu à l’égard du pouvoir de Joseph Kabila, et la compétence de celui-ci à conduire le pays vers des élections crédibles, libres et transparentes. Lors de la conférence de presse qu’il a animée, ce mardi 7 août 2018 à Panzi, Denis Mukwege a déballé son pessimisme quant à la bonne passation des élections sous l’égide de Joseph Kabila et a, par la suite, ravivé la flamme de la transition citoyenne.

C’était à l’occasion de la signature du manifeste des intellectuels congolais, consistant entre autre à dire non à un troisième mandat de Joseph Kabila, et à exiger une transition sans Kabila, que le gynécologue a eu à éclairer la lanterne, au sujet des certaines questions relatives à son engagement personnel.

« Bien que ce soit un grand honneur de servir son pays et son peuple par le truchement d’un mandat politique, je le réitère, je le dis encore plus fort ici, je ne suis pas candidat à la Présidence de la République », a prévenu le Docteur Denis Mukwege, tout en remerciant ces compatriotes qui trouve en lui la compétence de pouvoir sortir le Congo de sa situation de misère.

Par ailleurs, le médecin de Panzi n’octroie aucun crédit au processus électoral en cours. Témoin du déboire ayant découlé des épisodes électoraux précédents, Denis  Mukwege reconnait en l’exploit de l’occurrence des élections crédibles, un réel miracle, auquel il ne se permet pas de croire.

« Au vu de ces faits, je ne crois pas en ce miracle-là. Tout est mis en œuvre soit pour ne pas organiser les élections, soit pour tricher », a-t-il affirmé.

Après les élections de 2006, ayant accouché d’une vague de contestations, celles de 2011, ayant abouti à la prestation de serment de deux présidents se déclarant tous deux élus, les stratagèmes de 2016 et 2017, l’homme qui répare les femmes refuse de sombrer dans la naïveté, en croyant aux belles promesses du président en exercice.

« En 2006, le pouvoir actuel devait organiser les élections locales, il ne l’a jamais fait. En 2011, après avoir changé la Constitution pour s’assurer une victoire, il a organisé des élections entachées d’irrégularités et de fraudes reconnues par les observateurs et institutions tant nationales qu’internationales. En 2015, il s’était engagé à organiser l’élection des députés provinciaux, des gens ont payés leurs cautions, des listes ont été publiées par la CENI, mais à ce jour ces élections n’ont jamais été organisées. Le 19 décembre 2016 devait être la fin du dernier mandat de Joseph Kabila. Vous connaissez la suite.  Le 31 décembre 2017 devait être la fin de l’allonge de ce mandat, tel que conclu dans l’accord de la Saint Sylvestre, mais Kabila est toujours là … Pourquoi voulez-vous que quelqu’un qui n’a pas tenu parole à la CENCO, à tous les évêques de notre pays, dise la vérité aujourd’hui ? », s’est interrogé le prix Sakharov 2014

Après moult expériences malheureuses des scenarii électoraux débouchant sur des résultats déplorables, le professeur Denis Mukwege en appelle toujours à une transition citoyenne pour parvenir à organiser des bonnes élections. Une transition citoyenne qui peut être dirigée par une personnalité Congolaise neutre.

« Si elles sont organisées, ces élections serviront tout simplement à légitimer le pouvoir en place et le peuple congolais devra alors se résoudre à poursuivre à vivre son calvaire. Pour ces raisons et d’autres encore, la conviction de nombreux Congolais et la mienne est qu’il faudrait une institution et des animateurs neutres pour organiser des élections réellement libres, démocratiques, crédibles et apaisées. C’est l’idée même d’une transition citoyenne à laquelle fait écho le présent Manifeste des universitaires congolais au sujet du 3èmemandat présidentiel en RD Congo » plaide t-il.

Il dit tout de même comprendre ses compatriotes qui ont déposés leurs candidatures. Cet homme politique qui dit-il est piégé et est devant un dilème qui s’apparente à un choix entre Ebola et le Sida.

 Un dilemme qui se résume en ceci : Ne pas aller poser sa candidature et perpétuer le régime actuel par la politique de la chaise vide: de l’autre côté, présenter sa candidature sachant que si on n’est pas dans la logique du pouvoir on va perdre.

Eric Shukrani

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