«Si je savais que cette loi existait, je pouvais aller me faire avorter dans un centre bien équipé…et je n’aurais pas des problèmes de maternité aujourd’hui»
Cette déclaration est de Mathilde Ndamuso une femme au foyer lors d’une interview accordée à Laprunellerdc ce 7 mai sur la connaissance de l’article 14 de la charte de Maputo.
Violée à l’âge de 16 ans par son enseignant alors qu’elle n’était qu’en 4ème année secondaire, elle nous raconte son calvaire alors qu’elle a difficile à avoir un enfant.
«Il était célibataire et louait une maison dans notre quartier. Il m’avait invité chez lui prétextant qu’il avait besoin que je l’aide à lessiver ses habits. Comme nous prions dans une même église, je me sentais dans l’obligation de le faire. Il en avait profité pour me prendre par force. La peur et la honte avait fait que je garde silence et je n’avais rien dit même à ma mère. Deux mois plus tard je commençais à avoir des malaises et je vomissais chaque fois. C’est alors qu’une sœur du quartier m’avait interpelée en me disant que j’étais enceinte et elle avait proposé de m’amener chez une vieille dame pour avorter. La situation s’était compliquée si bien que quelques jours après je m’étais retrouvée à l’hôpital. Après les soins, le médecin avait annoncé à ma mère que j’aurais du mal à concevoir. », nous a-t-elle dit.
Interrogée sur le pourquoi d’avoir fait confiance à une sœur du quartier plutôt que sa mère, Ndamuso nous a indiqué qu’elle est issue d’une famille stricte dans la quelle la question liée au sexe était tabou.
« Mon père est un ancien de l’église et ma mère une intercesseuse. Ils nous disaient déjà qu’une de leurs filles qui tomberait enceinte serait chassée de la maison et perdrait tous les droits. Avec eux, une discussion sur la santé sexuelle était pratiquement impossible… ».
« Vous me parler de protocole de Maputo et je vous assure que je n’étais pas informé de son existence. Tout ce que je savais est que la loi punissait toute situation d’avortement. Si je savais que cette loi existait, je pouvais allait me faire avorter dans un centre bien équipé et je n’aurais pas des problèmes de maternité aujourd’hui. Je me suis mariée ça fait 4 ans et je n’ai pas d’enfant. Je pense que la vulgarisation de cette loi permettra de sauver beaucoup des vies. » a-t-elle renchéri.
Disons que le protocole à la Charte Africaine des droits de l’Homme et des Peuples, relatif aux Droits de la Femme en Afrique avait été signé à Maputo au Mozambique le 11 juillet 2003 d’où son non de protocole de Maputo.
Il garantit de « protéger les droits productifs des femmes, particulièrement en autorisant l’avortement médicalisé, en cas d’agression sexuelle, de viol, d’inceste et lorsque la grossesse met en danger la santé mentale et physique de la mère ou la vie de la mère ou du fœtus » à son article 14 alinéa 2b.
La RDC a signé l’adhésion à ce protocole le 09 juin 2008 et a été publié au journal officiel le 14 mars 2018. L’ignorance de son existence pousse plusieurs filles et femmes à continuer à aller se faire avorter dans des centres clandestins avec comme conséquences les pertes en vies humaines et les mutilations aux conséquences multiples.






