Bilubi Ulengabo Méschac, maire de Bukavu, Ph. Laprunellerdc.info
Le maire de la ville n’a pas renoncé à son plan consistant à faire peindre tous les véhicules exerçant le transport en commun dans la ville de Bukavu. Il a ôté, par contre, son costume d’extrême radicalisme et devient peu à peu conciliant !
Au départ catégorique et ferme, au prix avoisinant trois cents dollars américains pour la peinture d’une voiture, le nouvel homme fort de la ville de Bukavu a sensiblement fait bouger les lignes, enfin. Du plafond au pavé, monsieur Bilubi ne s’est pas empêché de faire chuter sa facture de 190 USD, comme cela était annoncé, pour se retrouver au promotionnel prix de soixante-dix dollars.
Visiblement contrarié par la grogne des transporteurs, courroucés par l’état de la route où ils exercent, le maire de la ville n’a pas l’air d’engager un bras de fer avec une classe sociale qu’il aura certainement du mal à dompter. N’ayant pas su se contredire intégralement, le maire a tenté un exploit « qui révèle le haut degré de mauvaise foi dont serait émaillée sa décision » dit un acteur politique de l’opposition à Bukavu commentant son arrêté.
Le maire Méschac Bilubi aurait-il bénéficié de la largesse des grands importateurs de la peinture, et du garage Chéché, en vue de leur créer un marché absolu ? Cette hypothèse, plutôt trop probable que vérifiée, présagerait une gestion sulfureuse à mettre à l’actif du technicien en développement rural, devenu premier citoyen de la ville. Si la transparence de gestion exige que la passation du marché se fasse via un appel à candidature basé sur des termes de référence clairs, le maire a choisi de communiquer par presse interposée le nom du garage de son choix.
A ce point du débat, nul ne peut élucider par quel mécanisme le maire a pu offrir ce gigantesque marché au centre Chéché, qui ne jouit d’aucun monopole dans la ville ! N’est-ce pas à travers des accointances particulières que la question s’est réglée ? Si l’on s’attèle au sens louche de la gestion de la chose publique en RDC, le nouveau maire ne serait pas loin d’avoir plongé dans l’égout où se sont noyés ses pairs.
Visiblement déterminé à accompagner l’opération « Tujikinge », initié par son chef direct, le gouverneur, le maire de Bukavu ne pourra le faire que moyennant une contribution populaire exagérément ambigüe. Si la mesure d’uniformiser l’apparence des véhicules exerçant le transport en commun n’a pas que le mauvais côté, la clé de répartition de l’enveloppe y relative crée un hallucinant débat ! Soixante-dix dollars dont 50 serviraient à peindre les voitures et 20, à la numérotation, n’est-ce pas une arnaque bien conçue quand on sait que même la numérotation ne se fait qu’à la peinture ! « Qui veut consommer un oiseau ne lui manque jamais une dénomination », dirait la grand-mère !
Bien qu’ayant volontairement réduit le prix de sa mesure innovatrice à la baisse, Bilubi Méschac est loin d’avoir rencontré le véritable besoin des conducteurs. Ne pouvant plus compter sur le soutien du directoire provincial de l’Association des Chauffeurs du Congo, dont la notoriété a été clairement sabotée quand il s’alignait contre la volonté des transporteurs, le maire de la ville de Bukavu aurait-il intérêt à s’obstiner à l’idée de vouloir peindre les véhicules aux couleurs minutieusement sélectionnées alors que le problème se trouve ailleurs ?
« Même si tous les véhicules étaient peints comme le désire le maire, ces couleurs ne seront visibles car après seulement quelques mètres tous les véhicules sont totalement couverts de boue » disait un transporteur se plaignant de l’état de délabrement où se trouve la voirie urbaine.
Rédévabilité exige : le maire de Bukavu devait clairement expliquer dans son arrêté par exemple la clé de répartition de ces fonds qui seront perçus par son entité. Combien gagne le garage, la mairie et combien par exemple sera affecté au colmatage des tous béants sur la voirie qui, du reste, est de son ressort.
L’idée de réparer la voirie urbaine est, au regard de tous, la plus grande attente de la population Bukavienne. Et le maire, récemment sorti de cette même population, n’est pas sans ignorer cette réalité ! Il se trouve, cependant qu’à l’image de ses prédécesseurs, l’enseignant de « développement » a choisi de commencer par développer l’état de sa poche, celle de la mairie avec les moyens de ses administrés , avant de penser à développer l’ensemble de sa juridiction, s’il y pensera un jour !
« Les choses s’annoncent mal ! Sous la gestion du maire Bilubi rien ne sera gratuit, peut-on déjà constater, à part la respiration » ironise un autre acteur de la société civile sur un média local. Si l’accès à la mairie ne lui a valu aucune sollicitation populaire, le maire de la ville ne semble rien promettre à ses administrés qui ne leur vaudra de l’argent à l’instar de ses prédécesseurs qui ont initié beaucoup d’opération du même genre (numérotation voitures et maisons, casques, etc) sans donner des détails sur la destination des fonds perçus.
Loin de prophétiser l’hécatombe, tout s’annonce mal parti pour le successeur de Philémon Yogolelo, à moins qu’il entreprenne de sortir de son obstination et de penser population avant de penser poche de la population.
La Rédaction






