Assemblée provinciale du Sud-Kivu: Si le ridicule pouvait tuer ! – La PrunelleRDC.info

Le bâtiment de l’Assemblée provinciale du Sud-Kivu dans la ville de Bukavu

En place depuis 2007, l’assemblée provinciale du Sud-Kivu est très souvent jugée d’inefficace par nombreux  analystes politiques locaux et nationaux. Incapables de mener, à bout, un seul contrôle parlementaire, les députés provinciaux se sont souvent illustrés par des motions dites « alimentaires » qui, selon les acteurs politiques de l’opposition, leur permettent de faire chanter les membres de l’exécutif afin de les contraindre d’activer leurs comptes bancaires.

Pour cette fois, elle ne visait pas un quelconque membre du gouvernement, ni un responsable d’une institution étatique, la dernière motion en date. Et, comme c’est souvent le cas avec ceux de l’exécutif, les sujets ciblés de celle-ci ne sont pas restés bras croisés. Légitimement, le député Ombeni Nakabinda, l’une des personnes sous l’emprise de l’œuvre de NAMUNSISI, a dû écourter son séjour en dehors de la ville pour venir sauver sa peau. Ce rapporteur, dont l’influence sur le reste du bureau n’est plus à élucider, ne pouvait faire mieux que venir prêter main forte à ses deux collègues qui, sans doute, seraient plus vulnérables en son absence.

De sa nature, la politique étant malhonnête, particulièrement la politique congolaise, il n’est pas étonnant que cette motion-provocation ait été rejetée. Etant donné qu’elle visait les membres du bureau de l’assemblée provinciale, rien ne serait normale que son rejet. Si le bureau n’a pas permis aux députés de statuer sur le sort de ses membres, et pas n’importe lesquels, c’est sûrement parce qu’il n’ignore pas combien cette expression démocratique leur serait fatale.

Il n’est jamais aisé d’être en même temps juge et partie. Cependant, la coordination de l’organe délibérant Sud-Kivu en a fait usage de ce privilège pour couvrir sa nudité ; mais, cette couverture, est-elle suffisante ? Dans un premier temps, on peut être tenté d’y croire ; mais à long terme, il faudra prendre avec pincette l’efficacité de cette décision impériale.

D’entrée de jeux, l’unanimité autour de cette courageuse prise de position du bureau n’a pas été au rendez-vous.  Si certains députés ont préféré garder silence, cela n’a pas été le cas de monsieur Théophile HABAMUNGU. L’ancien vice-président, et pratiquement le plus productif de tous les députés en terme d’édits, a dénoncé ce qui peut être considéré comme une réduction du pouvoir des députés.

Déjà très critiqués compte tenu de leur infertilité législative, les députés provinciaux n’auront donc pas l’occasion de s’illustrer à nouveau dans ce qu’ils savent faire mieux que toute chose, produire des motions de défiance ou de censure. S’ils ont réussi à faire tomber, tour à tour, trois gouverneurs de province, ils ne le pourront pas à l’égard de leur bureau. Bien que rien ne prouve que la puissante questeur Béatrice KINJA MWENDANGA, l’indomptable Rapporteur David OMBENI et Jules Balumisa risquaient la perte de leurs prestigieux postes, ils n’ont pas non plus pris le risque.

Si on comparait la même situation avec la procédure judiciaire on pourrait chercher à comprendre comment une composition récusée peut siéger et tabler sur sa propre récusation et rester neutre? En made in Sud-Kivu ce n’est pas exclu !!! Si le ridicule pouvait tuer, il tuerait depuis la décision de son président exigeant qu’une motion même incidentielle soit déposée quarante-huit heures avant il y a quelques années.

L’incrédulité de cet organe fait aujourd’hui, ses membres perdent de vue qu’ils sont, depuis 2012, dans un glissement illimité. Ils s’acharnent, en lions rugissant, sur les pauvres membres de l’exécutif, ignorant ou semblant ignorer, que ceux-ci demeurent plus légitimes qu’eux.

Si la motion de monsieur NAMUNSISI n’a pas abouti, ceci ne constitue pas non plus la première tentative de ce genre. Depuis des années, des initiatives visant plusieurs membres du bureau de l’assemblée provinciale ont fini par avorter ; conséquence, le même bureau est toujours là, mis à part la sortie insolite du très embarrassant Théophile HABAMUNGU.

Les mêmes causes produisant toujours les mêmes effets, rien ne s’est amélioré pendant toutes ces années au niveau de l’assemblée provinciale. Aucun rapport financier, aucun contrôle parlementaire consistant. A moins que le fils de l’homme revienne tôt, les archives retiendront qu’il fut un moment où le Sud-Kivu détenait le mérite d’avoir le modèle illustrant la médiocrité parlementaire. En attendant, nous régalerons du récent raté parlementaire de l’année.

John Achiza

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