Lambert Mende : « Pourquoi je rejoins l’Union sacrée de Tshisekedi »

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Lambert Mende, jadis fidèle de Joseph Kabila, a décidé de rejoindre l’Union sacrée de Félix Tshisekedi.

Il s’en explique dans un entretien exclusif accordé à nos confrères de Jeune Afrique.

Pendant une décennie, Lambert Mende aura été le visage et la voix de l’aile dure du camp de Joseph Kabila, lorsque celui-ci était au pouvoir. Omniprésent et toujours prompt à défendre la ligne officielle, envers et contre tous. Mais deux ans après l’élection de Félix Tshisekedi, l’ex-ministre de la Communication et porte-parole des derniers gouvernements de son prédécesseur a finalement décidé de rejoindre officiellement l’Union sacrée.

Un retournement spectaculaire que le patron de la Convention des congolais unis (CCU), député du Sankuru, justifie dans un entretien qu’il a accordé mardi 12 janvier à Jeune Afrique.

JA : Pourquoi avoir décidé de rallier l’ « Union sacrée » de Félix Tshisekedi ?

Lambert Mende : Nous avons décidé d’apporter notre appui à cette coalition gouvernementale élargie pour mettre fin à la crise politico-institutionnelle qui freine depuis plusieurs mois l’émergence de la RDC. Nous voulons contribuer au rétablissement de la cohésion nationale et à l’éradication du climat délétère provoqué par les polémiques stériles et fratricides qui menacent nos intérêts nationaux.

Quelles conditions avez-vous posées à votre ralliement ?

Elles sont de trois ordres. D’abord, cette initiative doit être une coalition ouverte aux entités politiques désireuses de négocier un programme de gouvernement avec le président de la République, conformément aux dispositions de la Constitution.

Ensuite, nous avons demandé au chef de l’État de s’impliquer pour faire abandonner toute idée de chasse aux sorcières, que caressent ouvertement un certain nombre de ses partisans à l’encontre des membres du FCC [Front commun pour le Congo].

Enfin, nous avons insisté sur la préservation de la dignité, de l’honneur et de la sécurité du président de la République honoraire, Joseph Kabila Kabange, pour le rôle déterminant qu’il a eu à jouer aussi bien dans l’élan de stabilisation et de normalisation qu’il a impulsé que dans l’alternance démocratique dont le pays a bénéficié il y a deux ans.

Avez-vous informé Joseph Kabila de votre décision avant de la rendre publique ?

Mon audience auprès du président Tshisekedi [le 6 janvier] avait pour objet des questions relatives à la société publique des Lignes maritimes congolaises, dont je préside le conseil d’administration. Les questions politiques ont été abordées subsidiairement et j’ai répondu en ma qualité de président du regroupement Alliance CCU & Alliés, et non au nom du FCC.

Je n’avais donc pas à solliciter au préalable l’Autorité morale du FCC [Joseph Kabila]. Notre adhésion au FCC n’a jamais eu pour conséquence de réduire notre liberté de pensée ou d’expression.

Au sein de l’Union sacrée, vous allez être appelé à collaborer avec des personnalités dont vous avez critiqué les positions pendant de nombreuses années. N’y a-t-il pas contradiction ?

Vous oubliez que ces deux dernières années, l’Alliance CCU & Alliés que je préside a fait partie de la même majorité parlementaire et du même gouvernement que la plupart de ces personnalités, notamment celles de l’UDPS [Union pour la démocratie et le progrès social, parti présidentiel].

Laissez-moi vous dire que ce n’est pas de gaieté de cœur que nous avons entendu le président de la République mettre fin à cette coalition FCC-CACH, à laquelle nous avons appartenu. Et il n’y a aucune contradiction, pour nous, à chercher à sauver la cohésion nationale dont ce pays a le plus grand besoin aujourd’hui.

Ne craignez-vous pas d’être accusé d’opportunisme ?

Votre question me paraît tendancieuse. Il ne faut pas avoir une conception trop personnalisée des faits politiques. J’ai bien sûr été ministre du président Kabila, mais j’ai aussi servi comme ministre dans le gouvernements que dirigeaient Étienne Tshisekedi et Léon Kengo Wa Dondo.

À ce jour, mon parti, la CCU, a un ministre [André Lite, en charge des Droits Humains] au sein du gouvernement de Sylvestre Ilunga Ilunkamba, l’actuel Premier ministre. C’est un choix que nous avons librement fait, courant 2019, sans encourir cette critique d’opportunisme.

Aujourd’hui, notre devoir est de chercher les voies et moyens d’éviter au pays le chaos dans lequel il risque de plonger si rien n’est fait pour revenir à une certaine cohésion entre nous.

Du reste, malgré quelques différends exacerbés par des questions de tempérament, n’avions-nous pas trouvé une synthèse qui nous a permis de gouverner ensemble depuis 2019 ?

Depuis la destitution de la présidente de l’Assemblée nationale, Jeanine Mabunda, plusieurs membres du FCC ont fortement critiqué le fonctionnement interne du FCC. Quel est le problème ?

J’attribuerais les revers subis par cette plateforme aux frustrations, justifiées ou non, d’un certain nombre de ses membres. Certains élus ont été trop réceptifs aux pressions diverses de ceux qui souhaitaient affaiblir la famille politique de Joseph Kabila.

Mais la responsabilité de ces revers incombe aussi à une trop forte distanciation de son autorité morale, qui n’a pas pris en main sa gestion quotidienne et n’a pas mis en place une équipe avec une claire répartition des tâches.

Une froide autopsie et une introspection s’imposent si l’on veut offrir à la nation les ce qu’elle est en droit d’attendre.

En quoi l’Union sacrée est-elle différente du FCC ?

Le FCC a été conçu au départ comme une plateforme électorale, puis s’est de facto mué en une plateforme politique. Il était doté d’une charte constitutive, mais il a manqué de la structuration qui aurait permis de faire participer tous ses membres à la poursuite de ses objectifs de manière adulte et responsable.

L’Union sacrée de la nation, dont nous savons maintenant qu’elle est une large coalition gouvernementale, devra permettre d’élaborer un programme de gouvernement. Il appartiendra au président de la République, qui en est l’initiateur, d’en suivre la mise en œuvre au jour le jour, au risque de la voir se déliter.

Quelles doivent être, selon vous, ses priorités ?

En ce qui nous concerne, nous attachons beaucoup d’importance aux mesures susceptibles de garantir et de consolider la transparence du processus électoral et l’indépendance de la magistrature. Nous voulons également favoriser la réconciliation nationale, grâce à l’instauration d’un système de justice transitionnelle.

S’agissant des élections, l’idéal serait que les gouverneurs de provinces et les sénateurs soient élus au scrutin universel direct, pour en finir avec les pratiques honteuses de corruption qui les ont souvent entachées.

Avec Jeune Afrique 

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