Sud-Kivu : le (CERC) dénonce l’absence de sanction en cas de corruption dans les institutions publiques (Interview) | La PrunelleRDC

Renforcer l’intégrité au sein des communautés, c’est une des solutions pour bannir la corruption dans le secteur public du Sud-Kivu, dit Heri Bitamala, directeur du centre de recherche sur l’anti-corruption (CERC).

Classée à la 161e place dans l’indice de perception de la corruption en 2017 avec le score de 21/100, la République Démocratique du Congo figure parmi les pays corrompus du monde.

Monsieur Heri Bitamala, (HB) directeur du Centre de Recherche sur l’Anti-corruption (CERC) dans la province du Sud Kivu, une organisation qui se bat contre la corruption en RDC a accepté de se confier  à un reporter de laprunellerdc.info. (Lprdc) pour commenter notamment du rapport de Transparency International et donner les réalisations de son organisation dans la lutte contre ce fléau qui ronge la vie de la RDC (Interview)

 (Lprdc) : Quelle lecture faites-vous du récent rapport sur la perception de la corruption publié par l’ONG Transparency International en février dernier ?

HB : La situation s’empire. La corruption gangrène tous les secteurs clés d’intérêt public notamment l’éducation, la santé et la législature. Cette mauvaise note décernée à la République Démocratique du Congo montre qu’il y a l’absence de sanctions en cas de corruption.

(Lprdc): Parles-nous de la corruption dans les institutions de l’Etat…quel est votre constat ?

HB : En Mai 2017, nous avions conduit une enquête de perception des ménages sur la Corruption au Sud-Kivu et les résultats sont accablants pour la province.  

 Les résultats de cette enquête indépendante ont démontré que la corruption au Sud-Kivu est devenue légitime dans certaines institutions et services étatiques et constitue une entrave majeure à la capacité du gouvernement à satisfaire les besoins fondamentaux des citoyens notamment la sécurité, les soins de santé, l’éducation, l’accès à l’eau potable et l’assainissement. Les fonctionnaires corrompus s’en accommodent trop sans aucune inquiétude, se payent des véhicules et des immeubles de luxe et investissent à l’étranger.

(Lprdc) : Quelle solution préconisez-vous pour éradiquer la corruption en République Démocratique du Congo en général et le Sud Kivu en particulier ?

HB : Moi avec le soutien de mes collaborateurs avons fondé une association indépendante de lutte contre la corruption en République Démocratique du Congo dénommée Centre de Recherche sur l’Anti-corruption(CERC). En créant cette dernière, nous avons l’aspiration de donner au pays un environnement propice à la réalisation des initiatives de développement loin de la corruption.

Depuis sa création en avril 2017, CERC met en œuvre une approche participative afin de renforcer la qualité de l’éducation et de promouvoir une plus grande transparence sur la gestion des ressources. Cette approche a pour objectif de permettre aux jeunes élèves de faire entendre leurs droits et demander des comptes sur les prestations de services, afin que les projets soient bénéfiques aux communautés.

(Lprdc): Pourquoi seulement avec les jeunes ?

HB : Nous nous concentrons sur les jeunes en tant que catalyseurs de changement pour plusieurs raisons. Premièrement les jeunes sont plus mobiles et dynamiques en développant leur savoir-faire et leur capacité à prendre des décisions afin de promouvoir la transparence. Deuxièmement, les jeunes sont souvent marginalisés par des structures décisionnelles hiérarchiques et sont mieux placés pour changer ces systèmes s’ils disposent des connaissances et des ressources dont ils ont besoin. Troisièmement, ils sont nombreux en RDC, plus de la moitié de la population congolaise a maintenant moins de 35 ans.

(Lprdc) : Parle-nous brièvement de vos investissements dans la lutte contre la corruption.

HB : En seulement huit mois d’existence, 2 projets ont été réalisés. Entre Mai et Décembre 2017, CERC a conduit une enquête de perception de la corruption au Sud-Kivu, enquêtant plus de 1000 personnes âgées entre 18 et 60 ans et dont les résultats sont disponibles sur notre site web www.anticorruption-center.org, 40 personnes issues de 23 organisations locales et 37 jeunes ont été formées sur les stratégies de lutte contre la corruption à Uvira.

En octobre 2017, nous avons reçu de l’organisation britannique Integrity Action, un financement de 36 mois pour la mise en œuvre du projet SHINE dans environs 80 écoles secondaires du Sud-Kivu. Ce projet vise en premier lieu l’engagement des élèves à bannir la corruption, mais aussi à renforcer la collaboration entre les élèves, les comités des parents d’élèves et les acteurs éducationnels. Ce projet promeut plus l’égalité entre fille et garçon dans le système éducatif.

Depuis Janvier 2018, nous avons mis en place un Centre d’Assistance Juridique et d’Action Citoyenne (CAJAC) qui agit au quotidien en apportant l’assistance morale aux victimes et témoins de la corruption. Il fonctionne principalement grâce à l’engagement des juristes bénévoles. L’équipe du projet CAJAC reçoit les plaintes des citoyens, les victimes ou les témoins de la corruption. Elle assure l’assistance légale et prône pour un changement de procédure législatif, institutionnel, administratif ou tout autre facteur susceptible d’engendrer la corruption.

Merci.

Propos recueillis par TOYI MIREFU Théodore

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