« A Luc Nkulula sur la croix »: le poème de Thierry Nlandu qui rend hommage à l’activiste mort à Goma – La PrunelleRDC.info

« A Luc Nkulula sur la croix » c’est le titre d’un poème poignant composé par le professeur Thierry Nlandu pour rendre hommage à l’activiste pro-démocratie décédé dans un incendie à son domicile à Goma dans la province du Nord-Kivu.

Voici l’intégralité

A Luc Nkulula sur la Croix

A 33 ans comme le Christ

Par  Thierry Nlandu Mayamba

Professeur à la Faculté des Lettres 

Université de Kinshasa

Membre du Comité Laïc de Coordination

A trente-trois ans 

Comme le Christ

Luc est condamné à mort

Par le Pilate de notre temps

Lors d’une réunion

Dont il ne saura jamais

Qui était son Judas

Ni qui lui a soufflé à l’oreille

D’accomplir sa mission

A trente-trois ans

Comme son Sauveur

Luc a porté sa croix

Aussi douloureuse que la sienne

Parce que douleur suffocante

Du baiser d’un incendie

Produit d’une grenade

En caoutchouc réel

Produit d’une technologie toujours renouvelée

Pour amener la mort

A la porte de nos cases de pauvres.

A trente-trois ans

Comme pour le Fils de Dieu

Le bourreau de Luc

Un frère ou une sœur

L’a surpris dans son sommeil

De combattant

Comme pour renier

Notre fraternité de fils et de fille de Dieu

Et notre pacte de ne jamais verser le sang

De l’autre, mon frère, ma sœur

A trente-trois ans

Comme pour le Fils de l’Homme

Son cocktail Molotov

Telle une épée irresponsable

A craché la mort

Me crucifiant dans mon lit

Sur ce bucher de Jeanne d’Arc d’Arc en mousse

Parce que poussière

Je ne devais que retourner à la terre.

A trente-trois ans

Comme le fils de Joseph

Moi qui, pour une fois

Avait fait confiance aux forces de l’ordre

Me suis retrouvé avec la mort

Comme voisine inopportune

D’une promesse « zéro mort »

Non tenue par une Police sans tenue

Et un régime sans retenue.

A trente-trois ans

Comme le Nazaréen

L’enfant Goma

A accompli sa mission

Au bas du volcan

Non pas sur un âne

Mais plutôt sur un Tshukudeur

Apportant à travers le Kivu

La bonne nouvelle

D’un Congo plus beau qu’avant

Sillonnant vallées et montagnes

Interpellant jeunes et vieux

Du Nord et Sud Kivu

A la participation citoyenne

Et surtout au courage politique.

A trente-trois ans

Malheureusement

Pas comme le fils de Marie

Dans son sommeil profond

Complice d’une mort

Qui lui a refusé réveil

Luc n’a pas eu le temps

De laisser sa mère

Entre les mains de Jean.

Femme pour l’éternité inconsolable

Parce qu’abandonnée sans corps

Avec pour seules reliques

Des cendres de Luc

Pétries par des larmes d’une mère

Aphone

Mère sans mots

Qui, en vain, implore le pardon

Pour un fils Emporté sans confession

Auprès du Père

Qui l’a envoyé accomplir sa mission

Sur cette terre

Où son pasteur s’est tu

Son église a pris peur

Et son gouvernement provincial

Est devenu son bourreau.

Ils ont tous cru

Que Luc mort

Ne ferait plus entendre

Cette voix qui perturbe

Ce souffle Qui

Traverse les cœurs de sans cœurs

Ce silence

Qui porte la voix des sans voix

Au-delà du lac

Sur les rives du Nord et Sud Kivu

Comme pour nous inviter

Au refus commun

De la partition de cette terre

Belle parce que bénie.

Luc

Fait partie de cette jeunesse

Dont nous tous célébrons

La mort et non la vie

Cette jeunesse

Qui n’a rien d’autre à offrir

Que la mort de ses nombreux jeunes

Morts pour mériter d’une nation

Qui a peur de sa jeunesse

Proclamée souvent espoir de demain

Mais que des aînés cannibales

S’empressent de mettre sous terre

Sans linceul ni deuil

Dans des tombes

Sans croix, sans sépulture

Dans des cimetières labyrinthes

Où les herbes sauvages

Emportent tout souvenir

Pour nous plonger

Dans l’oubli

Tabula rasa

Qui nous fait répéter un passé

A chaque fois plus douloureux

Même si chanté valeureux.

Luc

Il est vrai que le Congo est grand

Qu’il a besoin de notre grandeur

Pour grandir

Toi à qui cette terre a ravi ta grandeur

Dis-lui et à tous ceux qui t’ont précédé

Dans le sacrifice de leur grandeur

Dis leurs

Que les jeunes de cette grande terre

Veulent désormais

Ne plus offrir leur grandeur

Pour à leur tour

Grandir vivant

Avec le grand Congo !

LUc

Ma plume n’a plus d’encre

Et ma main tremble

Elle est fatiguée

De jouer au poète croque mort

Qui rédige sans cesse

Des vers de bravoure

Sur des tombes sans marbre

Qui célèbrent l’oubli

De tous ceux

D’hier

Comme d’aujourd’hui

Et de demain

Tous appelés au rendez-vous

Du baiser 

Macabre d’un rendez-vous

Qu’organise de manière quotidienne

Une tyrannie sans nom

Avec la complicité étrange

D’un univers des affaires

Qui depuis Léopold II

Refuse de faire l’inventaire

Des morts génocide d’un pays Congo

Aux richesses plus importantes

Que les humains qui y habitent !

Debout Luc et marches

Car désormais tu as la grandeur

De la grandeur du Congo

Ton pays

A Lucha Continua !

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