Mariage à Bukavu : Engagement ou compétition? – La PrunelleRDC.info

A Bukavu, les choses évoluent très vite que l’on peut être tenté de se demander où se trouvent les dernières traces des vieilles traditions qui pourtant traduisaient, à tout point de vue, la beauté de nos valeurs authentiques. Le mariage n’en est pas en reste. Jadis considéré comme une union sacrée entre deux personnes de sexes opposés et manifestant la volonté de vivre ensemble, il n’a plus rien d’original aujourd’hui ; l’accessoire ayant pris une longueur d’avance sur la véritable ambiance caractéristique de cette union naturelle.

L’esprit opportuniste, l’envie du matériel, la course à la montre, le physique présentable et bien d’autres faiblesses émaillent de nos jours la jolie et heureuse fête d’union homme-femme. L’influence du voisinage est par ailleurs un des grands facteurs dans les « mariages » actuels.

Engagement ou compétition ? La réponse ne prête pas confusion.

« L’homme c’est la poche tout d’abord et ensuite sa tête »

Tout a changé sauf le fameux serment : « je jure de l’aimer et lui être fidèle jusqu’à ce que la mort nous sépare ».En réalité, n’étant pas profondément unis on ne doit pas attendre la mort pour se séparer. Une maman au marché Feu rouge nous confie « le mariage c’est également un jeu d’intérêts, nul ne peut souhaiter donner sa fille à un homme qui – n’a pas de souliers-, cela peut arriver mais on ne peut pas l’envisager ».

Voilà ce qui pousse certains parents à se mêler des situations amoureuses de leurs enfants, non pas comme des simples conseillers mais plutôt en véritable coach toujours pour édicter une ligne de conduite. Maman Furaha, habitant le quartier Panzi pense que « l’homme c’est la poche tout d’abord et ensuite sa tête » et n’y va pas par quatre chemins si c’est sa fille : « je ne la laisserai pas faire;en réalité il y a des opportunités qui se présentent dans la vie. Les laisser s’échapper est une grande imprudence ». Et de renchérir que l’idéal est de voir sa fille rouler à bord d’une jolie voiture, loger une maison VIP…plutôt que la voir vivre heureuse aux cotés de l’homme  de ses rêves mais pauvre.

Certains parents ne supportent pas que leurs enfants franchissent une sorte de ligne rouge et menacent de les « maudire » s’ils refusent de s’inscrire dans la logique leur prescrite. « Je n’aurais jamais aimé cet homme si mes parents ne se déterminaient pas en sa faveur. Aujourd’hui je regrette le premier jour que nous nous sommes vu. Je n’aurai pas dû lui montrer où je vis », regrette une fille du quartier Mosala en commune de Kadutu  engrossée par un garçon qui n’avait jamais envisagé de l’épouser.

«  Cette appellation, Shanga, me rend malade »

Si l’impact de l’argent se montre  très prononcé, la boulimie du mariage et n’importe lequel n’est pas la moins importante. Un fléau très récent a envahi les cœurs des jeunes les poussant à perdre de la patience se basant sur des fausses comparaisons, ils s’estiment déjà vieux et sont prêt à tout !!! « Je ne sais pas ce que j’attends, il faut que je me marie, mon petit frère a déjà un enfant » nous rappelle Franck au point d’épouser une femme qu’il vient «  d’aimer » il y a à peine un mois. « Et d’ailleurs » poursuit-il, « je ne sais pas ce qui m’effraie, j’ai un ami qui a fait la même expérience et qui ne regrette pas jusqu’aujourd’hui ».

Pour les filles, la situation n’est pas différente ; l’influence de l’entourage est, ici, suivie d’une course à la montre extraordinaire. Il n’est, désormais, plus logique pour une fille ayant dépassé la vingtaine d’année, de laisser s’échapper un candidat au mariage, quels que soient ses défauts. Une jeune étudiante de l’ISDR – Bukavu, visiblement gênée par le célibat est claire : « Si je trouvais aujourd’hui un homme disposé à m’épouser maintenant, je ne vois pas ce qui pourrait m’en empêcher ». Bien qu’encore au premier cycle en Informatique de Gestion à l’ISP- Bukavu, Furaha n’a pas bronché « Si j’étudie, c’est en réalité à titre provisoire. Je peux y renoncer à tout moment pourvu que je me marie. »

Une autre raison semble élire domicile dans les esprits des jeunes Bukaviens contemporains, le poids de l’âge. «  Cette appellation me rend malade » se plaint une fille d’une trentaine ayant requis l’anonymat. Elle se fait appeler « Shanga » (pour dire tante en swahili) par tout son quartier. Elle poursuit : « Toutes les filles de mon âge comptent des enfants maintenant pendant que moi, je n’ai pas de fiancé, même pas un « Muhubiri » », appellation d’un simple copain n’augurant pas espoir.

                               Belle nana, beau gars….

Pour les uns la situation économique reste prépondérante, pour les autres l’influence de l’entourage compte dans la contraction d’unions actuelles. Pour d’autres évidemment, l’aspect sentimental est très déterminant ; il n’est guère aisé de se laisser chiper une jolie demoiselle ou un bel homme friqué.

Un jeune garçon retrouvé à la place Mulamba nous révèle : « un jeune garçon de mon quartier, licencié de son état, a choisi le métier d’ambulant à défaut de la carrière pour laquelle il a été formé car le boulot a trop tardé alors qu’il a besoin d’épouser sa brune le plus tôt possible ; parce qu’il pense qu’elle ne cesse de faire l’objet des sollicitations des mieux offrants ces derniers temps ».

Sylvie K, Jeune élève dans une école de la place est ferme : « un beau gars, on en lâche pas. Même si vous n’êtes pas encore prêts ».

Tantine, elle, raconte non sans regret le comportement de son mec qui dit-elle commence à s’attirer des belles filles alors qu’ils ont une longue histoire d’amour ; et de conclure : « je vais être obligée de me faire engrosser par lui, pourvu qu’on vive désormais ensemble !Je l’aime à mourir »

« Cinquième bureau » ? Tant pis !

D’autres filles se laissent séduire par des hommes mariés « papas impolis » pourvu qu’elles soient appelées femmes de tel. Situation que décrie une jeune fille rencontrée sur la principale avenue de la ville de Bukavu ; l’avenue Patrice Emery Lumumba estimant que cette pratique est vraiment à condamner.

Un père d’enfant qui s’est engagée dans cette union nous informe pour sa part : «qu’elle soit deuxième bureau ou cinquième, tant pis. Tout ce qui intéresse ces filles c’est le marige.et nous, nous avons tous les ingrédients pour cela ».

Certes qu’on peut ironiser mais beaucoup pensent que le mariage n’est plus resté ce qu’il a toujours été. Si dans l’ancien temps, l’amour était le trait d’union entre deux « âmes sœurs », de nos jours, l’inutile prime sur l’utile. On trouverait peut –être un autre terme plus spécifique pour illustrer les unions conjugales contemporaines. Parlerait-on de mariage- business au vu de sa face économique ou encore mieux mariage- verdict dans la mesure où il est contracté en terme de formalité sous le prétexte « Mais que ferai-je d’autre ?Au finish, je rattraperais, tôt ou tard, mon destin »

Ce genre d’unions n’est cependant pas sans conséquences. C’est ce qui explique selon certains parents des violences domestiques quotidiennes, une infidélité presque autorisée dans les foyers, de l’intolérance mutuelle, bref une parfaite émergence de la culture des antivaleurs au sein de la société de base qu’est la famille.

John Achiza

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