L’avènement de la démocratie vers les années 1990 et la culture électorale qui en a découlé occasionnèrent une inflation dans le secteur des médias. Cette éclosion a différentes raisons selon les promoteurs.
La province du Sud-Kivu, n’était pas restée en retard par rapport à cette croissance numérique, et la province compterait à ce jour environ 80 medias (radios et télévisions, journaux et les sites en ligne sur internet) dont la seule ville de Bukavu a près du tiers de ces medias.
Logiquement, cette croissance en nombre des medias devrait être bénéfique à la société non seulement par le travail qu’ils donnent aux jeunes dans un pays sans politique de l’emploi, mais plutôt au niveau du service que ces medias devaient rendre à la société.
Ces prestations attendues sont en termes de la qualité de l’information, car le journalisme consisterait à donner vie aux faits sociaux et politiques en informant la communauté de tout ce qui se passe et tout ce qui arrive, donc tout ce qui a un impact sur le vécu quotidien, mais il est déplorable de constater que ces medias ont encore un long parcours à faire, pour devenir ce qu’ils doivent être.
Le journalisme au Sud-Kivu à ce jour se résume juste à une communication de type politique qui consiste à présenter seulement les côtés positif des réalités sociales et les côtés négatifs sont rarement exploités, sauf si les auteurs de ces bavures sont moins influents sur la scène sociale, donc les petits citoyens.
Ainsi, on constate que si l’information n’est pas mise dans le frigo carrément au profit de certaines personnalités politiques et sociales (communément appelées notables) et au grand désavantage de la population ; l’information est doublement si pas triplement censurée avant d’être livrée à la population, d’abord par le journalisme lui-même, ensuite par le chef de la rédaction et enfin ou de fois par le Directeur de la radio ou du journal.
Au finish, la population n’aura que des bribes d’informations vides, dénaturées et dépourvues de toute originalité.
Je me refuse le droit de parler de la neutralité de nos medias et leurs lignes éditoriales, car c’est là où les romains s’empoignèrent. Point n’est besoin d’insister sur le fait que, le journalisme à Bukavu tend à une profession du type alimentaire, dont le professionnalisme ne répond de fois si pas souvent qu’à la règle du plus offrant.
Face à cet état de chose, il s’observe sans besoin d’un microscope, que certains médias font clairement la publicité des certains hommes politiques sans atermoiement, d’autres leurs proximité avec certains notables remet en cause leurs neutralités.
Il sied de signaler cependant que, dans cet océan de turbulence il y a quelques ilots paisibles, qui en dépit du fait que leurs promoteurs soient de telle ou telle autres obédiences politiques, de tel ou tel autre coin de la province, un certain professionnalisme s’observe.
Ce qui est plus révoltant c’est quand les journalistes n’ont que leurs doigts pour compter en coulisse les scandales des hommes politiques, des hommes d’affaires et des personnalités religieuses, sans s’auto saisir de ces déviations en y menant des investigations journalistiques dignes et sérieuses, afin que la population ait une idée vraie de qui sont ses saints et qui sont ses diables, pour que les antivaleurs (la corruption et la concussion, les détournements des deniers publics, le népotisme et la mauvaise gouvernance) ne gagnent la vie d’une société qui est déjà en totale déphasage avec ses mœurs.
La peur, surtout la peur du châtiment est un état émotionnel qui crée un certain équilibre sociétal, car si on n’a pas peur d’être châtié par l’Etat on aura peur par humanisme et par prestige que les siens (famille, amis et ses frères dans la foi) lisent ou apprennent des medias des troublantes révélations, sur ta vie professionnelle (comme un politicien, commerçant ou religieux, …).
Qu’adviendrait-il si les journalistes au Sud-Kivu devaient investiguer sur la gestion de la province pendant la gouvernance Cishambo ? N’est-ce pas qu’on pourrait éviter le sit-in des agents grévistes à l’assemblée provinciale. Pour ne citer que ce seul cas.
En dépit de la fragilité sécuritaire de la province et particulièrement de la ville de Bukavu, cela ne justifie pas, à satisfaction que le journalisme au Sud-Kivu devient celui de la routine se résumant à la collecte des points de vue et de leur balancement ?
A ce jour, pour justifier cet état de chose, certains journalistes de Bukavu si pas la majorité, se cachent derrière l’expression « journaliste sensible aux conflits ».
Pourtant L’expression « journalisme sensible aux conflits » est née de la volonté de certains journalistes, de ne pas se contenter de couvrir les guerres et les autres crises socio-politiques, mais surtout de contribuer à les prévenir.
Cela étant, cette réserve professionnelle ne devait pas transformer les journalistes en communicateurs politiques, mais par contre, ils doivent mener assez d’investigations pour prévenir des troubles sociaux comme les grèves, la construction suivie de la destruction des maisons au Camp saio, etc.
De ce fait, les sujets sociaux ou politiques qui fâchent sont gelés au nom de ce principe, et on se retrouve avec des journalistes de reportages, qui se refusent le droit d’être les journalistes d’investigations, pourtant ils savent bien que toutes les grandes révélations planétaires des siècles sont les œuvres des enquêtes journalistiques (le Watergate, le Monicagâte, le panama papers, l’affaire Julie gayet, …), mais au Sud-Kivu en général et à Bukavu en particulier les journalistes se complaisent à rester dans leurs rôles « traditionnels ».
Heureusement qu’on a pas des journalistes d’investigation, on a que dans certains cas des communicateurs sociaux, dont l’esprit créatif, le goût de la curiosité intellectuelle et l’esprit de l’analyse ont cédé place à la routine et à la peur de bien faire son métier.
Malcom X disait : « si vous ne faites pas attention, les medias vous feront détester les opprimés et aimer les oppresseurs ».
Théodore M’seme.
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