Massacres de BENI: dans une lettre à la « Nation » Congolaise, un congolais en appelle à «l’indignation collective» – La PrunelleRDC

Après sa lettre adressée à Patrice Emery Lumumba, Blaise Pascal Zirimwabagabo Migabo écrit aux Congolais !

C’est de la colère, de l’indignation que Blaise Pascal Zirimwabagabo Migabo tente d’exprimer à travers une lettre ouverte adressée à la « Nation » Congolaise sur les différents massacres de BENI dans la province du Nord-Kivu.  « Nation » oui, parce que celui-ci s’interroge si nous en sommes vraiment une.

Celui-ci s’interroge sur la réaction mitigée de la population Congolaise face aux récents massacres de BENI. Lui, dit-il s’attendait à une indignation sur le plan national et de la diaspora mais s’étonne de vivre le contraire.

Est-ce que c’est plutôt une nation sans gouvernement ?, s’interroge aussi Blaise Pascal qui dénonce un silence coupable des autorités gouvernementales congolaises.

Il appelle le peuple Congolais à l’action et au courage face à l’oppresseur. « Place à l’action, place au courage… l’opprimé ne doit jamais laisser en repos la conscience de son oppresseur » dit-il.

En exclusivité, la lettre de Blaise Pascal envoyée à la Rédaction de Laprunellerdc.info

Lettre ouverte à la « Nation » congolaise

Massacres de Beni : j’en appelle à l’indignation collective, un peu de courage s’il nous en reste !

Par Blaise Pascal Zirimwabagabo Migabo

« Les habitants de Beni connaissent ce qui leur arrive depuis des années, ils sont complices ». Voilà une phrase que j’ai lu sur Facebook et qui me fait mal. Très mal. Sans espoir d’être lu, sans espoir d’être entendu – qui suis-je d’ailleurs pour l’être ? -, malgré cela, j’ai quand même décidé d’écrire !  Non pas d’écrire pour passer un message, mais pour susciter des interrogations, pour partager certaines interrogations, les miennes, avec vous sur ce qui se passe à Beni et au Congo en général et ce que ne doit pas être notre attitude face à ces actes ignominieux et cette gouvernance charlatane. Ce que ne doit pas être notre attitude face à ce chaos.

Congolais, sommes-nous une Nation ?

En lisant ce post sur les réseaux sociaux, je me suis interrogé sur l’existence même de la Nation congolaise. Sommes-nous réellement une Nation ? Appartenons-nous à une même communauté nationale ? Partageons-nous le même destin ?  Avons-nous les mêmes aspirations ? C’est quoi le Congo, une fiction ? Un vide ?  Je ne me pose pas ces questions parce qu’un seul individu doté d’un sadisme légendaire s’est exprimé en ces termes sur Beni. D’ailleurs certains de mes proches l’ont également exprimé, en privé comme en public, en des termes plus ou moins voilés. Je me pose ces questions, je nous invite à nous interroger là-dessus parce qu’en me réveillant de dimanche 23 septembre, je m’attendais à une indignation collective, chacun avec les moyens en sa possession. Je m’attendais à des actes, à des paroles d’indignation face à ce carnage, cette ignominie, cet abattoir, ce pogrom, cette extermination des populations de Beni. Non pas parce qu’il s’agit uniquement de Beni, mais parce que Beni constitue la partie visible de l’iceberg de terreur et de barbarie qui, me semble-t-il, constitue le projet phare du « gouvernement » congolais illégitime.

Je m’attendais disais-je à ce que des congolais de Boma, Baraka, Bikoro, Gbadolite, Kalemie, Kananga, Kinshasa, Lisala, Muene-Ditu, Zongo, bref que les congolais de partout – y compris la diaspora – se lèvent comme un seul homme pour dire NON à cette barbarie de trop, pour dire NON au régime de Kabila, pour exprimer leur indignation et exiger des actions et des responsabilités, pour manifester leur solidarité à nos compatriotes de Beni qui se font « égorger » jours et nuits… mais hélas ! M’enfin, Beni, c’est très loin, loin là-bas, une ville, une petite bourgade perdue dans la brousse, une ville qu’on ne sait même pas situer sur une carte ! Dans tous les cas, ça fait plus de 4 ans que des vies innocentes sont fauchées dans la barbarie la plus sordide. Personne ne s’en émeut ! Tout le monde n’a pas d’ailleurs de la famille à Beni. Pourquoi devons-nous nous sentir concerné ?  Qu’y a-t-il de si spécial à Beni ? Le Congo n’est-t-il pas, depuis plusieurs décennies, un abattoir à ciel ouvert pour nourrir l’économie mondiale qui a tellement faim de croissance et d’innovation technologique ? C’est quoi d’ailleurs la valeur d’une vie au Congo ? Le dimanche 23 décembre n’a-t-il pas été un jour normal au Congo ? Ne sommes-nous pas allés à la messe comme tous les dimanches demander des miracles, ne sommes-nous pas allés boire un verre et « trémousser » un peu ? Ne sommes-nous pas allés au stade suivre le match de football ? N’avons-nous pas suivi le soir de ce dimanche le match du club espagnol de Barcelona, ce rendez-vous que des milliers de congolais ne peuvent rater pour rien au monde ? Et le matin du lundi, excellente semaine ! Beni c’était hier, c’est fini, on y est habitué. On attend le prochain épisode. Elle n’a pas trainé.

Et puis il s’agit de moins de 20 personnes. On est habitué à plus. On est habitué à des centaines, des milliers et même des millions de morts. Le Congo ne va pas s’arrêter pour ça. Ces personnes oubliées, ces personnes auxquels aucun monument, aucun jour de commémoration n’est dédié. Ces vies sans valeur aucune. Ces vies vides. Ces vies vidées. Il ne s’agit que du fumier, de l’engrais humains et écologique pour nos champs. Ces champs auxquels on ne sait plus accéder. Voilà ce que je qualifie de « la banalisation du mal » au Congo. Non seulement une banalisation du mal par le bourreau, mais la banalisation du mal et de la vie par nous congolais. C’est pourquoi en appelé-je à l’indignation collective, preuve d’appartenance à la même Nation depuis que le sort nous a unis. Où est ce peuple ardent, ce peuple-là qui bâtira un pays plus beau qu’avant ? Où est la solidarité avec laquelle nous entonnerons cet « hymne sacré » ? Beni ne fait-t-il pas partie de ce don béni des aïeux qu’est le Congo ? Et au lendemain des massacres, lorsque les populations de Beni se sont malgré tout manifestées pour dire NON à ce énième massacre, quelles sont les villes du Congo qui se sont jointes à elles ? Beni ne fait-t-il pas partie de ce Congo bien-aimé dont nous disons vouloir assurer la grandeur ? Ce n’est qu’un chant. Rien de plus !

Congo : une Nation sans gouvernement ?

C’est notamment pendant les moments difficiles que les populations ont le plus besoin de sentir la présence de l’État, de voir l’État à l’œuvre, de se sentir protégé. Les populations de Beni et les congolais en général ne se sont-t-il pas demandé qui gouverne le Congo au lendemain du dernier massacre de Beni ? Où est donc l’État, ce « Léviathan » à qui, dans un rapport horizontal, nous avons accepté de nous soumettre en contre partie de notre sécurité et de celle de nos biens ? L’État congolais a-t-elle une existence ? S’il en a un jour eu, quand a-t-elle pris fin ?  Sommes-nous rentrés à l’état de nature, dans cette guerre de chacun contre chacun, un état dans lequel les notions de bien et de mal, de la justice et de l’injustice n’ont pas droit de cité ? Existons-nous uniquement qu’en tant qu’agrégation d’individus placés par le hasard de l’histoire sur des territoires adjacents sans véritable organisation politique ?

Je préfère croire, comme vous, que l’État congolais existe. Toutefois, n’avons-nous pas tous été abasourdi par le silence fracassant du « gouvernement » congolais face aux massacres de Beni ? Je ne parle pas de la dernière « épisode », mais de toutes les « épisodes » ? Dans un Etat, le premier à s’exprimer lors des situations d’une telle ampleur, n’est-ce pas le Président de la République, le gouvernement, le parlement et, dans la forme de l’Etat congolais, le gouverneur de province et les députés provinciaux ? Qui n’a pas été interloqué par ce silence du régime au lendemain des massacres de Beni ? Ce silence ne vous a-t-il pas fait croire – à certains plus qu’à d’autres- que le régime actuel serait complice de ces massacres ?

Alors que les civils se faisaient égorger à l’arme blanche à Beni, le gouverneur du Nord-Kivu séjournait à Kinshasa où il prenait part au diner organisé par le régime de Monsieur Kabila. Il s’agissait d’un diner de soutien des « populations du Nord Kivu » au « dauphin ». Ces mêmes populations qui se faisaient massacrer ! Le gouverneur peut-t-il engager les populations de cette manière ? Est-ce pour ça que les députés représentant les populations du Nord-Kivu l’ont élu ? Qu’a-t-il fait en apprenant que des civils de sa juridiction se sont fait massacrés ? Silence ! N’a-t-il pas fallu 3 jours pour que celui-ci se prononce ?  Mais quel message ? Déplorer ces tueries. Féliciter les efforts fournis pour pacifier Beni depuis 2014. Dire qu’il s’agit de terrorisme. Lancer un appel aux Etats du monde (il n’a pas cette compétence, mais bon, la légalité a été vidée de toute sa substance). Je vous laisse commenter ce message qui a pris 3 jours de rédaction ! Julien Paluku s’est-t-il rendu à Beni ? Après combien de jours ? Rappel :lors de l’incendie d’une résidence de Monsieur Kabila à Lubero en décembre 2017, n’a-t-on pas vu Julien Paluku et les « notables » de Lubero courir à une vitesse olympique pour se rendre sur le lieu au matin de ce qu’ils qualifièrent d’« acte barbare » ? N’a-t-on pas suivi, ce jour-là, des discours les uns pour présenter toute la compassion de leurs cœurs au « Raïs » ou pour condamner avec fermeté cet acte, les autres pour réitérer le « soutien » du Nord-Kivu à Monsieur Kabila ? Quand les biens ont plus de valeur que les vies humaines, ça donne ça !

Vous étiez nombreux à attendre la réaction du pouvoir central. Monsieur Kabila s’est envolé pour New-York « représenter » les congolais à l’Assemblée générale de l’ONU. Mais quels congolais ? Un chanteur de Beni n’avait-t-il pas demandé avec raison en 2016 dans sa chanson « Tunaisha Beni » (on nous extermine à Beni) sur quel peuple gouvernera-t-il ? Souvenez-vous qu’en janvier 2017, au lendemain d’un autre « épisode » macabre à Beni Monsieur Kabila avait préféré aller suivre le ¼ de finale de la Coupe d’Afrique des Nations à Oyem au Gabon, match que la RD Congo perdit face au Ghana ? Comme à toutes les occasions, son silence a encore été assourdissant. Trois jours après les récents massacres, vous vous demandiez où étaient passé les institutions. Vous aviez cru être dans un « no man’s land ». Peut-être que c’est le cas.  N’avez-vous pas été surpris lorsque, du haut de la tribune de l’ONU, il félicitait les « efforts méritoires » des FARDC « nous permettant de contenir les attaques terroristes » ? De quels efforts parlait-t-il ? Quel mérite ? Contenir les « terroristes » ? Alors que depuis 2014 la population de Beni se fait massacrer ? N’est-ce pas le discours de quelqu’un qui est déconnecté de la réalité ? N’auriez-vous pas préféré son silence abasourdissant à la vacuité de ce propos ? N’est-ce pas prendre des millions de congolais pour des canards sauvages ? Est-ce des terroristes qui tuent à Beni ? Dans nos villes ? Dans nos villages ? Beni n’est-t-il pas la preuve de l’absence de l’État, de sa démission dans tous les secteurs ? En parlant de terrorisme, n’avez-vous pas vu des États frappés par le terrorisme réagir avec vigueur ? N’avez-vous pas vu leurs présidents suspendre leurs vacances, toutes les institutions mobilisées et des actions communiquées ?

Hélas ! Il a fallu attendre 3 jours également pour que la Présidence, à travers M. H. Mova (Vice-Premier Ministre de l’Intérieur), se prononce. Comme vous, j’ai suivi son message. Présenter les condoléances aux familles des victimes. On connait la chanson depuis le début des massacres. C’est quand les prochaines condoléances ? Rassurer de l’imminence d’une « riposte efficace ». Des promesses. Comme toujours. Une « riposte efficace ». On l’attend depuis 2014. Il a également fallu 3 jours, 72 heures pour que le porte-parole du « gouvernement » prenne la parole dans son éloquence arrogante pour dire aux congolais « le papotages et bavardages ne peuvent pas être une réaction officielle ». Et sur le même ton d’ajouter « Nous avons mis en déroute ces forces du mal qui ont endeuillé nos populations, c’est la réaction la mieux appropriée ». Voilà comment on s’adresse à vous mes chers compatriotes, voilà comment on s’adresse au « souverain primaire ». On ne vous doit rien. Même pas une information. Même pas de respect. N’est-ce pas naïf d’espérer sortir de ce marasme avec des tels gens ? Ne parlons pas ici de vies humaines ? D’enfants, femmes, jeunes, vieux etc. ? Ne parlons-nous pas d’humains ? Où est la capacité d’anticiper, de prévenir qui caractérise tout gouvernement ? N’avons-nous pas appris que certains haut gradés de l’armée sont impliqués dans ces massacres ? Quelles actions ont été prises ? Je vous laisse tirer les conclusions. Un ami me disait encore ce matin : « le seul chantier du régime de Kabila qui marche super bien, c’est la terreur et la barbarie ». A-t-il raison ? A chacun de juger.  Connaissez-vous un seul Etat normal ou les choses peuvent se passer ainsi ? N’a-t-on pas vu Monsieur Kabila et son gouvernement se précipiter pour présenter dans moins de 24 heures des condoléances à certaines pays du monde frappé par le deuil ? Pourquoi faut-t-il attendre 72 lorsqu’il s’agit des congolais ?

Place à l’action, place au courage… l’opprimé ne doit jamais laisser en repos la conscience de son oppresseur

Face à cette irresponsabilité du « gouvernement » – certains d’entre vous disent complicité – à mettre fin à cette « boucherie humaine » et à nous offrir la paix, le pain, la terre et la liberté nous promis, quelle attitude devons-nous prendre ? Ou plutôt, quelle attitude ne devons-nous pas adopter ? Comme disait le pasteur Martin Luther King : « La religion rappelle à tout homme qu’il est le “ gardien de son frère”. Accepter passivement l’injustice (…) revient à dire à l’oppresseur que ses actes sont moralement bons ». Voulons-nous rester opprimés ?  Pour paraphraser M.L. King encore, préférons-nous les tourments de ce régime aux épreuves de l’émancipation ? Sommes-nous tellement usés par le joug de l’oppression que nous cessons complément de regimber ? « Accepter passivement un système injuste, c’est en fait collaborer avec ce système. (…). Ne pas collaborer au mal est une obligation morale, au même titre que collaborer au bien. L’opprimé ne doit jamais laisser en repos la conscience de l’oppresseur » disait M.L. King. Il avait ajouté : « L’acceptation (…) : c’est la solution des lâches ». Nous ne nous ferons jamais respecter en nous soumettant à ce régime, nous ne ferons qu’augmenter son arrogance et son mépris. Chers congolais, comme le disait encore M.L. King – encore une fois- , nous ne devons accepter « d’échanger l’avenir de nos enfants contre un peu de tranquillité personnelle dans l’immédiat ».

Mes chers compatriotes, attendons-nous que soient versées d’autres fleuves de sang avant de nous unir comme un seul homme pour conquérir notre liberté ? Etienne De La Boétie s’interrogeait, celui qui nous maîtrise tant, n’a plus que nous tous que l’avantage que nous lui faisons, pour nous détruire. D’où il a pris tant d’yeux, dont nous épie-t-il, si nous ne les lui donnons ? Comment a-t-il tant de mains pour nous frapper, s’il ne les prend de nous ? Les pieds dont il foule nos cités, d’où les a-t-il, s’ils ne sont les nôtres ? Comment a-t-il aucun pouvoir sur nous, que par nous autres mêmes ? Que pourrait-il faire, si nous n’étions receleurs du larron qui nous pille ? Complices du meurtrier qui nous tue et traîtres de nous-mêmes ?

Soyons résolus de ne plus servir, et nous voilà libres. Je ne nous demande pas de pousser ce système, de l’ébranler, mais seulement de ne plus le soutenir, et vous le verrez, tel un grand colosse dont on a brisé la base, fondre sous son poids et se rompre.

Pour conclure, méditions ensemble, chers compatriotes, sur ce maître-mot que de notre héros national (le vrai), Patrice Emery Lumumba, nous a légué : « Sans la lutte, vous n’obtiendrez rien. Ni aujourd’hui, ni jamais ».

Débout congolais !

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