21 ans après les massacres de Makobola et environs (Sud-Kivu): la commémoration débute le 29 décembre

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Il y a 21 ans jour pour jour, des populations civiles étaient sauvagement massacrées à Makobola, dans le Sud-Kivu. C’était le 30 décembre 1998. A ce moment-là, la partie Est de la République Démocratique du Congo était occupée par la rébellion du RCD. Le 25 décembre, jour de Noël, les militaires rebelles du RCD décident de déplacer leur position de Makobola I (qui se trouve en territoire d’Uvira) vers Makobola II (de l’autre côté de la rivière portant le même nom, déjà en territoire de Fizi).

Pour le peuple Bembe qui organise ces manifestations d’ailleurs, cela constitue une provocation : l’occupation des terres de leurs ancêtres par les “étrangers” est inacceptable et inadmissible. C’est ainsi que le mardi 29 décembre 1998 à 17 heures, ils enverront un message à la population dans lequel ils annonceront une attaque de la cité en vue d’y déloger les militaires du RCD (essentiellement constitués des rwandais).

Et exactement à 17 heures 30, ils attaquent et mettent en déroute les troupes rwandaises du RCD dont le salut était dans la fuite après avoir perdu certains d’entre eux. Jusqu’au matin du mercredi 30 décembre, les Maï-Maï sont maîtres du village, mais vers 10 heures, une nouvelle va circuler selon laquelle des renforts des troupes rwandaises sont en route vers Makobola, en provenance d’Uvira.

Les Maï-Maï ayant appris leur arrivée, se décident de se retirer du village, regagnant les montagnes qui surplombent Makobola II. C’est là que les éléments du RCD entrèrent dans Makobola sans y rencontrer une quelconque résistance. Ils se livrèrent à des représailles contre la population civile accusée d’avoir collaboré avec l’ennemi. Ils mirent feu au village entier, tuant environ 702 personnes (dont une grande partie de femmes et enfants), la plupart calcinées dans leurs maisons.

Il reste qu’aucune enquête indépendante n’a été diligentée mais aussi moins sont ceux qui se soucient de l’avenir de victimes de cette barbarie, s’inquiètent les organisateurs. De surcroît, la localité se situe dans une région trouble dont on a longtemps appelé « Zone Rouge » de Fizi et qui est en proie à des incessantes rebellions et mouvements insurgés.

Pourquoi commémorer

Les organisateurs de la manifestation expliquent que l’objectif de la commémoration des massacres pour les habitants de l’espace Fizi-Itombwe est le devoir de mémoire, se souvenir de ces innombrables victimes non seulement de Makobola mais aussi ceux de Lulinda, ‘Wangulube et partout ailleurs dans le territoire de Fizi et dans le secteur d’Itombwe en territoire de Mwenga. En outre, elle permet de rappeler que l’impunité est la source du mal surtout quand elle est enracinée dans le domaine politico-sécuritaire et de préciser que les victimes des massacres de Makobola et ceux commis dans les autres sites ont toujours besoin de la justice pour qu’elles soient réhabilitées et comprennent réellement ce qui s’est passé durant cette journée qui précédait le dernier jour de l’année.

Cette vérité révélée, croit-on, permettra de restaurer une Paix durable fondée sur la justice, la réconciliation et la cohabitation pacifique. La reconstruction et le développement de l’espace Fizi-Itombwe imposent l’acceptation mutuelle entre les communautés dans l’intérêt majeur de la population civile en vue de booster son économie pour l’émergence.

Par ailleurs, le comité organisateur note que cette idée rencontre la vision du Chef de l’Etat, Son Excellence Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo dans le secteur de sécurité et dans sa détermination à éradiquer les groupes armés qui sèment terreur et désolation dans notre pays et plus particulièrement dans sa zone Est. En effet, dans son discours au 39e sommet de la SADC qui s’est tenue à Dar Es Salaam, le Président Félix Thisekedi propose de créer « une coalition régionale pour éradiquer ce fléau de l’insécurité crée par les groupes armés ».

«C’est dans ce cadre que, connaissant l’une des raisons de persistance de groupes armés à Fizi-Itombwe nous nous proposons de procéder à travers cette commémoration, par des méthodes traditionnellement africaines de transformation des conflits, afin de contribuer tant soit peu à la réussite de cette vision de chef de l’Etat » explique le comité organisateur.

La coordination de ces manifestations rappelle que a culture de commémoration des massacres et/ou génocide n’est pas une invention de l’espace Fizi-Itombwe. «Comme pour la Shoah (génocide des juifs), le génocide des tutsi au Rwanda, le génocide de la Birmanie, les massacres de Gatumba, etc. qui sont annuellement célébrés et de manière régulière, en quoi le peuple de l’espace Fizi-Itombwe ne pourrait-il pas commémorer les leurs ? » dit-on.

 Quels résultats veut-on atteindre par ces manifestations ?

Par ces manifestations, les organisateurs veulent que les atrocités qu’ont connu le peuple de l’espace Fizi-Itombwe depuis l’indépendance jusqu’à ce jour ne soient plus placées dans les oubliettes mais que cela serve de leçons pour que ces genres d’atrocités ne se reproduisent plus jamais; ils veulent par ailleurs la préservation des générations futures de fléaux de la guerre basée sur l’incitation à la haine et l’intoxication politicienne afin de bâtir un Fizi-Itombwe pacifié et développé est assurée ; une commission indépendante de Nations-Unies pour la justice, réconciliation et aussi, ils souhaitent une cohabitation pacifique entre les communautés vivant dans l’espace Fizi-Itombwe et envisager la mise en place d’un Tribunal Pénal International pour le Congo (TPIC).

Dans la foulée, les organisateurs souhaitent que les mécanismes de réhabilitation et d’assistance aux victimes soient clairement définis et mis en application ou encore la mise en place d’un centre panafricain de transformation des conflits et de cohabitation pacifique entre les communautés.

Opportunités pour célébration des massacres de Makobola et ses Environs 

Selon le comité organisateur, la commémoration des Massacres de Makobola et ses Environs trouvent l’assentiment non seulement de tous les Babondo (Babembe) mais aussi tous les autres tribus déterminés à vivre dans un espace à l’abri des troubles de tout conflit communautaire de quelque origine qu’il soit ; il explique que la République démocratique du Congo est sous une nouvelle orientation politique dès l’accession au pouvoir du nouveau chef de l’Etat Son Excellence Félix Tshisekedi Tshilombo qui prône la cohabitation pacifique entre tous les congolais quelle que soit leur origine.

Pour eux, la plupart des groupes armés qui ont endeuillé l’espace Fizi-Itombwe manifeste le besoin de déposer les armes et s’investir dans la reconstruction du Pays.

Quelles sont les activités retenues pour ces cérémonies de commérassions de 21 ans ?

Plusieurs activités sont retenues pendant ce temps de commémoration. C’est entre autre la mise en place de la structure sur les massacres de Makobola et ses environs dont des Comités nationaux (Kinshasa, Lubumbashi, Goma, Beni, Kalemie, Bukavu, Uvira et Fizi) , des Comités Diasporas (Europe, USA-Canada, Afrique du Sud, Burundi, Tanzanie- Kenya)

L’identification des sites des massacres commis dans l’espace Fizi-Itombwe, l’identification du nombre des victimes et leurs familles, le contact avec les différentes notabilités des sites identifiés en vue d’appropriation du projet, le contact avec les autorités étatiques et ecclésiastiques de Fizi et de la Province, la sensibilisation de la population cible ou encore la construction d’un Mausolée des massacres à Makobola et réhabilitation des autres stèles (monuments) des sites identifiés et des conférences sur les différents sites de massacres.

Jean-Luc M.

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