RDC : 21 ans après, les caciques du RCD sont toujours au cœur du pouvoir

Ce 02 août 2019 le Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD) totalise 21 ans depuis sa création en 1998 après la prise de Goma.

Né comme mouvement militaire soutenu par le Rwanda, le RCD se transforme en parti politique après le dialogue de Sun-City d’avril 2003.

Plusieurs de ses membres ont choisi la vie politique alors que d’autres ont opté pour la vie militaire.

21 ans après; que sont devenus certains membres de ce mouvement ? Laprunellerdc.info se concentre sur 6 d’entre eux, pour ce premier tour.

Azarias Ruberwa

Premièrement chef de cabinet du département des relations extérieures du RCD, il est ensuite devenu membre du comité exécutif et chef adjoint du département des relations extérieures.

En 2000 il est nommé secrétaire général de ce mouvement, le titre qui lui permet d’assumer le rôle de négociateur en chef et devenir vice-président de la République chargé des affaires politiques, de la défense et de la sécurité pendant la transition de 2004.

En novembre 2016, Ruberwa est revenu au gouvernement en tant que ministre de la décentralisation et des réformes institutionnelles.

Aujourd’hui, il est membre influent du Front Commun pour le Congo (FCC), plateforme de l’ancien président Joseph Kabila. On dit d’ailleurs, qu’il était le plus grand conseiller « officieux » sous Joseph Kabila. Ses derniers arrêtés ministériels sur la création des villes et communes ont créé des incidents violents ou parfois des affrontements dans plusieurs entités. C’est notamment à Minembwe sa région natale.

Au FCC, on dit que tout le monde peut manquer un poste dans le prochain gouvernement Ilunga “mais pas Ruberwa”.

Moïse Nyarugabo

Ancien secrétaire particulier du président Laurent Désiré Kabila, il devient vice-président du RCD en 1998 avec Ernest Wamba dia Wamba comme président.

En octobre 2006 il est nommé ministre de l’économie nationale avant de se faire élire comme sénateur pour la ville de Kinshasa en 2007.

Aussi membre du FCC, il s’est fait élire comme député national dans la circonscription d’Uvira aux élections de 2018. Il est parmi les rares qui ont gardé la casquette « RCD ».

Lambert Mende Omalanga

Lui, fut porte-parole du RCD avant de devenir rapporteur du sénat pendant la transition de 2003 à 2007. Il occupera également le poste de vice-premier ministre, ministre des transports et communication.

En 2005 il est élu député national de la circonscription de Lodja pour le compte du RCD/K-ML de Mbusa Nyamwisi.

Sous le gouvernement Gizenga, il est nommé ministre des Hydrocarbures en 2017 puis ministre de la communication et médias sous le gouvernement Muzito en 2008.

Mende deviendra ministre des médias, des relations avec le parlement et de l’initiation à la nouvelle citoyenneté, puis ministre de la communication et médias de 2014 en mars 2019. Ici, on le surnomme « Tshaku national » ou « perroquet» par ses diverses sorties médiatiques parfois violentes contre les détracteurs du régime Kabila qu’il défend jusqu’aux dernières heures.

Des gens n’hésitaient pas à le qualifier de « ministre des mots qui fâchent les gens »

Il est contraint de démissionner de ce poste de porte-parole du gouvernement pour éviter le cumul des fonctions après son élection comme député national dans la circonscription de Sankuru. Il briquera le poste de du Gouverneur dans la même province mais il sera battu par Joseph Mukumadi, qui était considéré jusque-là comme un outsider.

Tryphon Kin-Key Mulumba

Le dernier porte-parole de l’éphémère gouvernement Likulia sous Mobutu. Il rejoint le RCD après la prise de Kinshasa par les troupes de Laurent Kabila en 1997.

 En 2006 il est élu député national pour la circonscription de Masi-Manimba au Bandundu avant d’être nommé ministre des postes, télécommunications et nouvelles technologies de l’information dans le gouvernement Matata 1.

Le responsable du journal « Le soft international » est ensuite nommé ministre des relations avec le parlement sous Matata II. En 2015 il lance Kabila Désir, une association dont le but est le maintien du président Joseph Kabila au pouvoir malgré le terme de son deuxième et dernier mandat selon la constitution.

En 2018 il quitte le camp présidentiel pour s’unir avec le Cap pour le Changement (CAP) de Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe pendant la campagne électorale. Il attend être nommé ministre dans le gouvernement Ilunga Ilunkamba. Kinkey est parmi les personnalités les plus controversées de l’histoire politique congolaise.

Alexis Thambwe Mwamba

Est un ancien du régime Mobutu. Avec l’arrivée de l’AFDL, il s’exile à Bruxelles où il quittera pour rejoindre le RCD et occupe le poste de chargé des relations extérieures.

En 2006 il devient ministre du plan du gouvernement de transition avant de se faire élire député national au Maniema pour devenir ministre des affaires étrangères du gouvernement Muzito en octobre 2008.

En 2011 il n’est pas réélu à Kindu où il se présente aux élections comme indépendant mais il sera nommé ministre de la justice, garde des sceaux et droits humains en 2014.

Ici, “ATM » pour les intimes a été au cœur de la répression et de l’acharnement judiciaire contre les activistes pro-démocratie et des défenseurs des droits de l’homme durant les trois dernières années du régime Kabila, selon plusieurs rapports. Thambwe Mwamba est poursuivi par la justice Belge pour une affaire d’un avion civil des Lignes Aériennes Congolaises abattu par son mouvement. 

Élu sénateur dans sa province du Maniema, il sera choisi par Joseph Kabila comme candidat au perchoir du sénat pour le compte du FCC. Le poste qu’il occupe après l’avoir emporté contre Modeste Bahati Lukwebo, l’autre transfuge du FCC. Ici, Thambwe Mwamba devient la deuxième personnalité de l’Etat; après le président Tshisekedi.

Norbert Basengezi Katintima

“NBK » pour les intimes, il a participé à la Conférence Nationale Souveraine (CNS) tenue à Kinshasa de 1990 à 1992 et Député national du Haut Conseil de la République  au Parlement de Transition (HCR/PT), Il a été gouverneur de la province du Sud-Kivu d’octobre 1998 au 10 juin 2002 sous la rébellion du RCD.

Député national durant la transition 1+4, il occupera par la suite le poste du 2e Vice-Président de la Commission Électorale Indépendante (CEI) devenu à ce jour Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI). Il est ministre de l’Agriculture depuis le 26 octobre 2008 dans le gouvernement Muzito I et conserve ce poste dans le gouvernement Muzito II.

Lors des élections présidentielles et législatives de novembre 2011, il est élu Député national de la Deuxième Législature de la Troisième République dans la circonscription électorale de Walungu. En novembre 2015, Norbert Basengezi a été présenté et entériné Vice-président de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) jusqu’à l’organisation des dernières élections générales en décembre 2018.

Katintima est resté au cœur du pouvoir sous Joseph Kabila. Cadre du Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD), l’homme du Sud-Kivu a toujours imposé sa voix dans la gestion de la province au point qu’on affirme que rien ne peut se faire sans lui. Plusieurs de ses proches ont toujours été nommés dans la haute sphère politique provinciale et nationale. Il est également sous les sanctions du Trésor américain.

Plusieurs autres cadres influents qui ont exercé sous le Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD) sous des hauts placés dans l’armée de la République Démocratique du Congo ou encore présents dans plusieurs postes politiques nominatifs ou électifs.

Ils sont soit députés nationaux ou provinciaux, ministres nationaux ou provinciaux, dirigeants d’entreprises publiques ou des régies financières congolaises. Cela fait dire à plusieurs acteurs de défense des droits humains que le pays est toujours sous le RCD-Goma qui s’est métamorphosé avec les mêmes acteurs qui reviennent sous diverses casquettes.

En attendant, ceux qui ont perdu les leurs sous le mouvement politico-militaire continuent d’exiger justice et surtout  réparation par rapport à toutes les atrocités commises entre 1998 et 2002.

Beaucoup des défenseurs des droits de l’homme plaident pour la création des chambres mixtes spécialisées pour juger ces auteurs.

Thomas Uzima

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